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EXCLU : Le Havre, Adriano… Christophe Maillol sort de son silence et s’explique !

Personnage à la réputation controversée, Christophe Maillol ne s’est jamais exprimé sur le rachat manqué du Havre, en 2014. Un projet qui avait fait grand bruit, notamment lorsque l’attaquant brésilien, Adriano, était sur le point de signer en Normandie. Pour Le 10 Sport, Christophe Maillol a accepté de mettre fin à des années de silence et de s’expliquer.

Quand commencez-vous à vous intéresser au HAC ?
Début 2014. Je cherchais un club de Ligue 2 avec une histoire et un passé en Ligue 1, donc capable d'y revenir rapidement. Je voulais un club disposant de bonnes infrastructures et d'un stade moderne. Le Havre avait toutes les caractéristiques voulues.

Qui vous introduit alors au Havre ?
C'est mon ami Jean-Christophe Thouvenel, ancien joueur du Havre et excellent observateur des clubs français. Il m’a parlé du club et de son environnement. Il m'a dit que c'était une belle opportunité. En juin 2014, je déjeune pour la première fois avec Jean-Pierre Louvel, à l'époque président et actionnaire du club, et je lui fais part de mon projet.

Vous faites alors appel à des fonds étrangers, c’est bien ça ?
Grâce à des Anglais spécialistes de ce type de montage financier, j'obtiens une garantie bancaire de 20 millions d'euros gagée sur la propriété du club. Cela signifie qu'on vous prête de l'argent, que vous devez rembourser une somme annuelle avec intérêts. Mais si vous ne remboursez pas, la sanction est immédiate puisque vous perdez la propriété du club. Mais j'étais confiant et persuadé que je pouvais trouver les ingrédients pour développer le club et ses recettes : affluence au stade, loges, sponsoring, trading joueurs etc…

Il y a eu plusieurs montages financiers évoqués. Tout cela paraissait bien complexe…
Tous les montages financiers basés sur une forme ou une autre d'emprunt paraissent « complexes » vus de l'extérieur. C'est aussi ce qu'on a dit - à un niveau plus élevé - à propos du rachat de Lille, ou plus récemment de Bordeaux. C'est plus risqué, c'est vrai, mais pas nécessairement nébuleux.

« A ce moment-là, je me retrouve coincé… »

Vous pouvez préciser ?
Dans mon cas, le schéma de départ était très simple : j'avais obtenu une garantie bancaire de 20 millions d'euros de la Banque Atlantique ivoirienne. Une banque solide, sérieuse, partenaire en Afrique du groupe français BPCE. Comme convenu, la Banque Atlantique fait parvenir au club et aux actionnaires du HAC les sommes convenues par des transferts, dits Swift. J'ai les preuves de l'arrivée en France de ces Swift, je peux vous les montrer et vous pouvez les publier. Et les anciens actionnaires du HAC les ont aussi. Mais pour une raison qui m'échappe encore aujourd'hui, le Crédit Maritime de l'Ouest refuse d'encaisser l'argent et renvoie les fonds.

Que se passe-t-il ensuite ?
A ce moment-là, je me retrouve coincé. L'accord avec les actionnaires m'oblige à acheter très vite. La pression médiatique est très forte. Sans doute, je le reconnais, par ma faute, j'ai beaucoup communiqué, j'ai accepté d'aller dans plusieurs émissions de télévision et de radio pour parler du projet et cette médiatisation se retourne contre moi. Sans elle, j'aurais pu patienter et gérer patiemment la situation avec la banque ivoirienne. Mais sous la pression, je commets une erreur : des intermédiaires financiers, au courant de ma situation, me proposent de monétiser les 12 millions dont j'ai besoin immédiatement en transférant ma garantie bancaire au profit d'une banque mauritanienne. Pour aller vite, j'accepte... Et la banque mauritanienne dépose le bilan quelques semaines après. Théoriquement j'aurais pu me retourner contre l'Etat mauritanien, responsable en dernier ressort des engagements de la banque. Mais les actionnaires du HAC décident, et je les comprends, de mettre fin à nos accords. Et moi-même, je jette l'éponge. Je suis alors épuisé, je prends des coups de toutes parts alors que la victime de ces intermédiaires financiers... c'est moi ! Du coup, je renonce même à m'expliquer et me défendre. Je suis écœuré. Je retourne alors au Brésil et reprends mon métier d'agent de joueurs. J’y vis toujours et je reviens régulièrement en France voir ma famille. 

On a cité plusieurs noms de personnes qui seraient venues à la direction du Havre. Pouvez-vous nous dire ce qui était vrai ou faux ?
Sincèrement, aujourd'hui, citer des noms n'a plus aucun intérêt. Disons que j'avais obtenu, pour les postes clé, l'accord de principe de personnes compétentes, aux profils très complémentaires du mien. J'aurais été président exécutif et actionnaire principal. Mais je suis lucide sur mes qualités et mes défauts. Je me serais bien entouré. 

Une personne comme Éric Besson, que l'on a vu à vos côtés à l'époque, devait par exemple devenir président du conseil d’administration. Comment l’aviez-vous connu ?
Au départ, je ne le connaissais pas. Je vais le voir dans sa mairie de Donzère au printemps 2014. Je sais qu'il dispose d'un gros réseau international, ce qu'il a ensuite prouvé en étant à l'origine de l'acquisition de Nice par des Américains et Chinois. Je lui propose d'être président du futur conseil d'administration du club. A l'époque, son métier ne lui permettait pas de viser un poste opérationnel et il accepte le principe de ma proposition, surtout qu'il apprécie Jean-Pierre Louvel. Rien n'était signé et il nous demande simplement que son nom ne sorte pas avant que le rachat du HAC ne soit effectif. Bon... On ne peut pas dire que cela ait été respecté. En privé, il m'a d'ailleurs reproché ma communication excessive mais, lui, ne m'a jamais « chargé » publiquement.

Quelle ambition aviez-vous pour le HAC ?
Je me donnais deux ans pour que le HAC remonte en Ligue 1 et y rester durablement. Je comptais utiliser mes réseaux sud-américains, pas seulement brésiliens, pour recruter des pépites et les faire mûrir au sein du club. Certains grands joueurs en fin de carrière étaient prêts à participer au projet en venant jouer et encadrer les jeunes à haut potentiel. Cela aurait fait un cocktail extraordinaire. J'avais aussi l'accord de principe d'un sponsor du Moyen-Orient pour un sponsoring important de longue durée. Mais j'arrête là, cela remue des souvenirs et des regrets.

« Adriano aurait signé 6 mois et aurait été ensuite libre de partir »

Avec Jean-Pierre Louvel, comment cela s’est-il passé ?
Très bien. C’était facile. C'est un homme droit, de grande qualité. Il cumulait son savoir-faire de chef d'entreprise et son expérience unique dans le football : successivement joueur, éducateur, dirigeant, président etc. J’aurais aimé poursuivre son action. Il a fait beaucoup de bien au HAC.

On lui a reproché de vous avoir soutenu trop longtemps. Comment l’expliquez-vous ?
Je pense tout simplement qu'il me savait sincère et qu'il me voyait jour après jour tout faire pour réussir enfin la fameuse « monétisation » de la garantie bancaire. Je ne lui cachais rien, ni de mes espoirs ni de mes difficultés. Le seul moment où il a douté est probablement le moment où je suis parti plus d'un mois à l'étranger pour essayer de régler la question de la monétisation et trouver les fonds pour boucler l'accord.

Vous l’avez trompé ou déçu ?
Trompé, certainement pas ! Par contre, c'est vrai, j'ai dû le décevoir et décevoir, en ne franchissant pas la ligne d'arrivée, ceux qui me faisaient confiance parmi les dirigeants, joueurs ou supporters. J'en suis sincèrement désolé.Mais je veux rappeler que j'ai réussi en quelques mois au club à créer une dynamique : sur le plan sportif - même si je ne prétends pas que ce soit seulement grâce à moi -, le club était passé de la dernière place à mon arrivée fin aout 2014 à la quatrième en janvier 2015. La visite d'Adriano au Havre a été relayée par les médias du monde entier et il était prêt à venir avec beaucoup d'autres joueurs, comme, par exemple, Simao Sabrosa. Nous avons aussi fait faire de bonnes affaires au club : un seul exemple : grâce à nous Joseph Mendès est venu libre, sans coût de transfert, et a été ensuite bien revendu...

Adriano aurait vraiment rechaussé les crampons au HAC ? On a du mal à y croire !
Pensez-vous vraiment qu'Adriano serait venu 48 heures au Havre, aurait visité les installations et déclaré à la presse du monde entier qu'il allait signer si ce n'était pas vrai ?Il aurait signé pour 6 mois et aurait été ensuite libre de partir pour un autre club européen. Le HAC lui aurait permis de montrer ce qu’il était encore capable de faire ! Après sa visite au Havre, il avait d'ailleurs pris un préparateur physique personnel pour commencer sa remise en forme. Évidemment, je me doutais bien qu'il n'allait pas jouer 90 minutes en arrivant. Mais son nom aurait été un coup de projecteur extraordinaire pour le HAC, pour la vente de maillots au Brésil et d’autres grands joueurs devaient le suivre rapidement !

On dit que vous avez laissé des ardoises au Havre, par exemple dans un hôtel et une concession automobile.
J'ai payé de ma poche tout ce que je devais, alors même que j'ai travaillé bénévolement pour le club pendant plusieurs mois. Ceux qui commentent, parfois, ne savent rien de ce que sont les partenariats dans le football moderne. Un concessionnaire de voitures haut de gamme peut prêter des véhicules à des dirigeants ou des joueurs pour en assurer la promotion. Un hôtel peut bénéficier d'une équipe ou d'évènements pour sa notoriété. Par exemple, la présence d'Adriano et tous les reportages réalisés n'ont pas dû gêner l’hôtel qui nous a accueilli au Havre. Il existe aussi des formes de partenariat qui sont une forme d'échange : « Je te fais bénéficier de mes services et tu me donnes accès, à moi, à mes salariés aux loges officielles et les prestations incluses durant toute la saison ». Demandez à tous les commerciaux de clubs professionnels si ces échanges n'existent pas. Je pourrais les détailler si je voulais. 

Apparemment, BMW Le Havre, par exemple, ne partage pas votre point de vue...
Cessons l'hypocrisie ! A l'époque, BMW me prête une voiture parce que tout le monde pense que je vais être président du HAC et que c'est une pratique courante dans le football. D'ailleurs, à l'époque, plusieurs personnes du club bénéficiaient de ce type d'accord avec BMW ou Audi. Je n'avais quand même pas piqué la voiture une nuit sur un parking...

« J’ai trop parlé et j’ai été piégé »

Quand on vous écoute, tout aurait dû fonctionner. Pourquoi, alors, cet échec ?
Comme je vous l'ai dit, en date du 17 décembre 2014, deux Swift d’une valeur totale de 8 millions d'euros sont arrivés au Crédit Maritime (destinés aux comptes des actionnaires et du club). Si on détaille : 6 millions pour l’achat des actions du club et 2 millions pour le club en trésorerie. Si vous en doutez, je vous donne la lettre de confirmation reçue de Monsieur Louvel (voir ci-dessous). Les garanties étaient certaines et irrévocables et la transaction se faisait entre banques partenaires via le Groupe BPCE (Banque Atlantique d'Abidjan et Crédit Maritime). Il n'y avait donc aucun risque pour le Crédit Maritime et je m’engageais dans les plus brefs délais à monétiser les 8 millions. Mais bizarrement, le Crédit Maritime a refusé ces Swift et les a renvoyés à la Banque Atlantique. J'aurais dû intervenir avec force à ce moment-là mais je n'étais pas suffisamment expert de ces procédures. Pourquoi le Crédit Maritime a fait cela ? Un bon connaisseur du dossier m'a expliqué par la suite qu'un actionnaire influent du club avait fait peur à la banque, elle-même peu habituée à ce type de transaction, en évoquant une origine douteuse des fonds. Je crois que c'est très possible, mais je n'en ai pas la preuve. A l'époque un nom m'avait été cité. Quelqu'un qui était devenu opposant interne à Jean-Pierre Louvel et qui bizarrement a finalement accepté ensuite une vente bien moins favorable aux actionnaires historiques... Mais aujourd'hui, ceci ne m'intéresse plus.


Êtes-vous toujours en relation avec Monsieur Louvel ? Il ne vous a pas ménagé, à la fin, dans la presse.
Sincèrement, je peux le comprendre. Il m'avait soutenu longtemps, le deal ne se faisait pas, et certains de ceux qui n'avaient pas fait pour le HAC le dixième de ce qu'il avait fait lui, le critiquaient ou se retournaient contre lui alors que, je peux en témoigner, il défendait à la fois les intérêts du club et ceux des actionnaires. La preuve, après l'échec de mon projet, le club a été racheté à un niveau de valorisation beaucoup plus bas et les actionnaires y ont laissé des plumes. J'ai eu peu de contacts depuis avec Monsieur Louvel. Mais pour ma part je lui garde toute mon estime. 

Que répondez-vous à ceux qui vous ont traité d’escroc et qui rappellent d’autres échecs, Nantes ou Grenoble par exemple ?
C'est blessant et cela a blessé ma famille et mes proches. C'est surtout très injuste quand on pense que c'est à moi que ces projets ont coûté ! Je me suis demandé d'ailleurs pourquoi on avait été si dur avec moi, qui tout simplement par amour du sport et connaissance du football ai cherché à lever des fonds pour développer un club français alors que d'autres dirigeants, qui ont tapé dans la caisse, commis des malversations, ont même été condamnés, n'ont jamais été mis en cause comme je l'ai été. Jamais ! Peut-être, encore une fois, parce que pris par mon enthousiasme et mon énergie, j'ai trop parlé et j’ai été piégé par le miroir aux alouettes de la médiatisation. J'ai compris, je me méfie désormais de moi et de mes excès.

Et Nantes ? Et Grenoble ?
Chacun mériterait une longue explication, documents à l’appui... Pour aller vite : Nantes, j'ai eu les yeux plus gros que le ventre. Un fonds américain d’Atlanta était prêt à m'accompagner à hauteur de 25 millions de dollars. Il en fallait au moins 4 fois plus pour convaincre Monsieur Kita. Où est le mal ? A Grenoble, j'ai évité un piège à la dernière minute. Je devais m'engager pour 2,5 millions et je découvre au moment de signer que les pertes cumulées sont de plus de 10 millions et que la comptabilité est plus que douteuse… Depuis, Grenoble s'est bien relevée, fait un superbe parcours et je m'en réjouis pour ses supporters.

Pensez-vous qu’un jour vous pourriez à nouveau chercher à investir dans le football français ?
Vous m'auriez posé la question il y a encore quelques mois, je vous aurais dit « racheter un club, jamais ». Mais le temps a passé, les blessures sont presque cicatrisées, j'ai toujours mes réseaux sud-américains de détection de bons joueurs et l'envie revient.J'aimerais racheter un club à fort potentiel, par exemple en National 1, et pouvoir montrer enfin ce que je peux en faire. Mais j'ai tiré les leçons de l'expérience : si je suis candidat au rachat d'un club, cela voudra dire que j'ai déjà l'argent nécessaire sur un compte bancaire. J'essaie en ce moment de réunir toutes ces conditions. Et je communiquerai peu. Uniquement lorsque c'est indispensable. Comme on dit, chat échaudé craint l'eau froide…