Cyclisme : « Les équipes maltraitent les coureurs », les mots forts d'un ancien coureur après le burn-out du lieutenant de Vingegaard
Alexandre Higounet

Au début du mois de janvier, à quelque jours du commencement de la saison 2026, Simon Yates, lieutenant principal de Jonas Vingegaard pour le Tour de France, a annoncé son arrêt à la surprise générale, alors que son programme avait déjà été bâti pour l'année et qu'il avait effectué toute la préparation normalement. Un burn-out que l'ancien coureur et manager d'équipe Brian Smith met sur le compte des méthodes très exigeantes des grandes équipes du peloton professionnel.

Alors qu'il s'apprêtait à lancer sa saison 2026, Simon Yates, vainqueur du Giro l'an dernier et premier lieutenant de Jonas Vingegaard sur le Tour de France, a annoncé sa retraite sportive contre toute attente, laissant l'équipe Visma-Lease A Bike sans solution pour le remplacer à quelques jours du début des compétitions.

« C'est une pression constante, et certains disent que ça suffit »

Un choix qui a surpris, mais que beaucoup mettent sur le compte d'un burn-out, à l'image de l'ancien coureur Tom Dumoulin, lui aussi passé par la Visma-Lease A Bike et victime selon lui du même syndrome : « J'ai été incroyablement surpris en apprenant l'arrêt de Simon Yates dans la presse. C'était même inattendu pour ses coéquipiers, alors j'imagine le choc au sein de l'équipe. Je comprends parfaitement Yates, car j'étais dans la même situation que lui. Au final, le cyclisme est l'un des sports les plus exigeants au monde, si ce n'est le plus exigeant. On est loin de chez soi toute l'année, les heures et l'intensité des entraînements sont extrêmement élevées, sans parler de la pression de la victoire et des risques inhérents à la discipline. Les exigences sont implacables. Certains coureurs y font face sans problème, mais d'autres, malgré leur force de caractère, ont peut-être une meilleure idée de leurs limites. Je n'arrivais pas à sortir de ce cercle vicieux. Pendant des années, ma vie tournait autour du vélo, du vélo et encore du vélo. Rien d'autre. Bien sûr avec la pression et l'obligation de performer chaque jour. Pendant des années, j'ai eu l'impression de ne pas maîtriser ma carrière. Et dans mon cas, ne pas maîtriser ma carrière signifiait ne pas maîtriser ma vie. J'avais le sentiment de devoir constamment me plier aux besoins et aux désirs des autres. Tout le monde savait ce que je devais faire à chaque instant, mais en même temps – et c'est difficile à dire – personne ne m'a jamais demandé : « Salut Tom, comment ça va ? » C'était épuisant. Tellement épuisant que je suis tombé en dépression. J'ai même commencé à détester le vélo. Je détestais le vélo. Je n'en voulais plus dans ma vie. Visma est l'équipe la plus professionnelle et la plus performante au monde, encore plus que UAE de Pogacar. Tout repose sur les données, sur une analyse détaillée. Leur système est tellement perfectionné et structuré que, parfois, un cycliste peut se sentir piégé. Chez Visma, chaque décision est débattue. Si un coureur ne se sent pas bien et décide de sauter ses séances d'entraînement, cela provoque de longues discussions au sein de l'équipe. Je suis convaincu qu'un coureur comme Yates avait plus de liberté dans d'autres équipes. Je suis certain qu'il pouvait poser son téléphone chez Jayco et s'entraîner comme il le souhaitait, car ces petits ajustements d'entraînement étaient acceptés et compris. Visma, c'est différent. Tout est plus exigeant ».

« Ils courent 80 jours par an alors qu'à mon époque, on en courait 120, seulement maintenant, il n'y a plus d'échappatoire »

Brian Smith, ancien coureur et manager d'équipe britannique, estime lui aussi que les méthodes d'entraînement très exigeantes des grandes formations du peloton comme la Visma-Lease A Bike sont à l'origine du burn-out de Simon Yates. Il a ainsi affirmé à road.cc dans des propos rapportés par cyclinguptodate.com : « La retraite de Simon Yates a-elle été une surprise ? Pas vraiment. Ils partent en stage d'entraînement pendant des semaines, Tom Pidcock est par exemple au Chili – il n'y a rien d'autre à faire. C'est une pression constante, et certains disent que ça suffit. Qu'a dit Pogacar au Tour de France ? Il ne participera pas à la Vuelta, et on n'entendait parler que d'un seul mot : burn-out. Burn-out. Ils courent 80 jours par an alors qu'à mon époque, on en courait 120, seulement maintenant, il n'y a plus d'échappatoire. Je comprends parfaitement. Les équipes maltraitent ces athlètes ; c'est de la maltraitance. Elles considèrent les coureurs comme des Formule 1. Le moindre ajustement pour améliorer les performances, ils le font sans se soucier des conséquences, que ce soit pour la sécurité du coureur ou de la course. Ils n'y pensent probablement pas. Ils ne pensent qu'à la performance et à la vitesse. Le cyclisme de haut niveau n'est pas un sport sain ».

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