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Édito - Monsieur Kita, maintenant : il faut partir…

Dans le prochain journal du 10 Sport, à paraître le jeudi 14 janvier, la rédaction revient sur la situation au FC Nantes et la responsabilité de son président, Waldemar Kita. Édito.

Avec son argent, sa fortune personnelle, ses fonds propres, Waldemar Kita s’est offert le prestigieux FC Nantes. Dix ans après une première tentative échouée, l’homme d’affaire polonais est devenu propriétaire du club à l’été 2007. Et très rapidement, les Nantais ont compris à qui ils avaient à faire. Un homme de caractère, ambitieux et sûr de ses compétences. Jeune journaliste à cette époque, pour Ouest-France, j’ai pu assister aux débuts de l’ère Kita. Christian Larièpe, Pascal Praud, Michel Der Zakarian, Ivan Klasnic : j’étais là, aux premières loges. Et parmi les premières phrases marquantes qui ont pu échouer dans mes oreilles face à ce personnage rempli de curiosités, il y en a une qui ne s’oublie pas : « J’ai tous les diplômes pour entraîner. Mais ça ne se fait pas d’être propriétaire, président, entraîneur… Mais je suis bien meilleur que beaucoup, vous savez ». Une certitude qui ne l’a jamais quittée. Jamais. Encore aujourd’hui. Entraîneur après entraîneur (14 en 13 ans), saison après saison, Waldemar Kita est persuadé d’avoir autant, si ce n’est plus, de connaissances et compétences que les techniciens qui pilotent son équipe. « Cette saison, si j'avais mis plus souvent le nez dans l'équipe, nous ne serions pas descendus », a-t-il osé déclarer en mai 2009, lorsque le FCN a été faire un nouveau stage en Ligue 2. Et c’est bien son principal problème, à Waldemar. La lucidité. Cette capacité à se remettre en question, à tirer les leçons de ses erreurs, à changer. Waldemar Kita en est tout simplement incapable. S’il doit mourir, ce sera avec ses convictions, bétonnées par d’inamovibles certitudes, que personne ne peut remettre en cause. Si le FC Nantes doit mourir, même chose. Et c’est mal connaître l’animal que d’imaginer qu’il puisse changer.

Soigner la sortie, au moins…

Après 14 ans d’échec, pourquoi s’obstine-t-il à continuer ? Quand la plus grosse performance de ton club est une 7e place en 2016-2017, il pourrait être naturel de se dire qu’on n’est pas fait pour ça, qu’il est inutile de poursuivre et que passer la main serait la meilleure des solutions. Pas pour Waldemar Kita. Certain de sa réussite, il va continuer et conserver la même méthode. Les personnes qui l’entourent pourront potentiellement changer mais lui, jamais. Sa réussite dans le monde des affaires s’est faite aux dépends de son caractère et de sa pugnacité. Si ça a marché dans un domaine, pourquoi ça ne marcherait pas dans l’autre ? C’est vrai, pourquoi pas ? Le souci, c’est que le mal est bien trop profond pour pouvoir se résorber. Kita est l’ennemi de son propre club. Il n’a plus le moindre soutien. Plus la moindre crédibilité. Encore plus après avoir confié les rênes de l’équipe première à Raymond Domenech. Clairement, c’est une provocation. Un message envoyé à tous ceux qui veulent le voir partir. C’est son club et il en fait ce qu’il veut. Domenech, c’est autant un pied de nez, qu’une vengeance et qu’une manière de rappeler à tout le monde que rien ne le fera partir. Nantes est à lui, pas aux supporters. Parce qu’il paye les factures, les salaires, les « projets ». Et c’est vrai, le club est à lui. Mais pas son histoire, sa ferveur, ses supporters et cet amour inestimable que nous portons tous à ce bastion du football français. C’est ce que Kita n’a jamais compris. C’est le problème de ceux qui ont de l’argent : comprendre qu’il y a des choses qui ne s’achètent pas.

Personne ne t'oubliera

Pour autant, il reste un peu d’espoir pour Waldemar Kita et ce FC Nantes. L’espoir d’une sortie « réussie ». Car c’est l’unique avenir qui se présente à l’impossible duo. Depuis 10 ans, Waldemar Kita essaye de vendre. Il en a eu l’opportunité, à plusieurs reprises. Selon nos informations, il a plusieurs fois été loin dans des discussions. Mais à chaque fois, en négociation finale, tout capote. Parce qu’il rehausse le prix, généralement, à la dernière minute. Waldemar Kita préférera revendre à prix d’or son FCN plutôt que de lâcher le bébé au meilleur porteur d’un projet. Sa réussite personnelle avant celle du club, encore, et toujours. Un club qu’il a sûrement fini par détester et qu’il fait même peut-être inconsciemment souffrir, pour lui faire payer de lui infliger les siennes, de souffrances. Moqué, critiqué, conspué et désormais humilié par le drôlissime mouvement du « Kita Circus », l’homme d’affaire voue une haine sans borne à tout ce qui l’entoure et ose le remettre en question. Mais la réalité est là, Waldemar. Il faut partir. Maintenant. Tout de suite. Et vite. Personne ne t’oubliera, ne t’en fait pas. Tous se souviendront du président que tu as été. Bonne ou mauvaise, l’important c’est d’avoir une image et de faire partie de l’Histoire, non ? Tu y es, c’est bon, c’est fait. Maintenant tu peux t’en aller et nous rendre ce club qui nous manque tellement.

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