A quelques jours de l'ouverture de la saison, Simon Yates, vainqueur du Giro l'an dernier et principal lieutenant de Jonas Vingegaard sur le Tour de France, a annoncé à la surprise générale qu'il mettait un terme à sa carrière avec effet immédiat sans autres explications. Tom Dumoulin, lui aussi ancien vainqueur du Giro et coureur de longues années au sein de l'équipe hollandaise, a confié avoir vécu un burn-out identique à l'occasion d'une interview à El Pais.
A quelques jours de l'ouverture de la saison, Simon Yates, vainqueur du Tour d'Italie l'an dernier et premier lieutenant de Jonas Vingegaard sur le Tour de France, a annoncé à la surprise général qu'il prenait immédiatement sa retraite, laissant son équipe sans possibilité de le remplacer, laissant aussi deviner une absolue saturation du métier de coureur cycliste.
« Je comprends parfaitement Yates, car j'étais dans la même situation que lui »
Interrogé par le quotidien espagnol El Pais, Tom Dumoulin, lui aussi ancien coureur de la Visma-Lease A Bike, a fait le lien avec ce que lui avait vécu il y a quelques années, lorsqu'il avait stoppé sa carrière d'un coup au milieu du mois d'août, en plein burn-out. Tom Dumoulin a ainsi raconté, dans des propos relayés par cyclinguptodate.com : « J'ai été incroyablement surpris en apprenant l'arrêt de Simon Yates dans la presse. C'était même inattendu pour ses coéquipiers, alors j'imagine le choc au sein de l'équipe. Je comprends parfaitement Yates, car j'étais dans la même situation que lui ».
« J'ai même commencé à détester le vélo, je détestais le vélo, je n'en voulais plus dans ma vie »
Tom Dumoulin s'est livré ensuite sur les conditions qui font qu'un coureur cycliste de haut niveau en pleine réussite finisse par exploser en vol : « Au final, le cyclisme est l'un des sports les plus exigeants au monde, si ce n'est le plus exigeant. On est loin de chez soi toute l'année, les heures et l'intensité des entraînements sont extrêmement élevées, sans parler de la pression de la victoire et des risques inhérents à la discipline. Les exigences sont implacables. Certains coureurs y font face sans problème, mais d'autres, malgré leur force de caractère, ont peut-être une meilleure idée de leurs limites. Je n'arrivais pas à sortir de ce cercle vicieux. Pendant des années, ma vie tournait autour du vélo, du vélo et encore du vélo. Rien d'autre. Bien sûr avec la pression et l'obligation de performer chaque jour. Pendant des années, j'ai eu l'impression de ne pas maîtriser ma carrière. Et dans mon cas, ne pas maîtriser ma carrière signifiait ne pas maîtriser ma vie. J'avais le sentiment de devoir constamment me plier aux besoins et aux désirs des autres. Tout le monde savait ce que je devais faire à chaque instant, mais en même temps – et c'est difficile à dire – personne ne m'a jamais demandé : « Salut Tom, comment ça va ? » C'était épuisant. Tellement épuisant que je suis tombé en dépression. J'ai même commencé à détester le vélo. Je détestais le vélo. Je n'en voulais plus dans ma vie ». Pour Tom Dumoulin, le professionnalisme absolu d'une grande équipe comme Visma-Lease A Bike amène le coureur à parfois trop tirer sur la corde : « Visma est l'équipe la plus professionnelle et la plus performante au monde, encore plus que UAE de Pogacar. Tout repose sur les données, sur une analyse détaillée. Leur système est tellement perfectionné et structuré que, parfois, un cycliste peut se sentir piégé. Chez Visma, chaque décision est débattue. Si un coureur ne se sent pas bien et décide de sauter ses séances d'entraînement, cela provoque de longues discussions au sein de l'équipe. Je suis convaincu qu'un coureur comme Yates avait plus de liberté dans d'autres équipes. Je suis certain qu'il pouvait poser son téléphone chez Jayco et s'entraîner comme il le souhaitait, car ces petits ajustements d'entraînement étaient acceptés et compris. Visma, c'est différent. Tout est plus exigeant ».