Grand espoir du cyclisme français, Paul Seixas apparaît comme la première véritable carte maitresse tricolore sur les Grands Tours depuis Bernard Hinault et Laurent Fignon. Alors que le débat est lancé sur la possibilité que Seixas dispute le Tour de France la saison prochaine, Romain Bardet, meilleur coureur tricolore sur les Grands Tours pendant de longues années, a livré son avis dans les colonnes du quotidien Ouest-France.
Suite à sa magnifique première saison au niveau World Tour, alors qu'il n'était âgé que de 19 ans, avec entre autres une 8ème place au classement général du Dauphiné et une prestation énorme aux championnats d'Europe, où il a été le seul à pouvoir suivre Pogacar et Evenepoel lors de leur grande offensive, pour finalement terminer sur la troisième marche du podium, Paul Seixas a confirmé l'énorme potentiel qu'on lui prédisait. Au point de laisser espérer qu'il soit en capacité dans les prochaines année de jouer la victoire dans le Tour de France. A ce titre, le débat est lancé depuis plusieurs semaines sur l'opportunité ou non d'aligner Seixas sur le Tour de France dès la saison prochaine.
« Autour de lui, il y a un emballement qui m’inquiète un petit peu »
A l'occasion d'un entretien accordé à Ouest-France, Romain Bardet, la meilleur arme tricolore sur les Grands Tours pendant une décennie, aujourd'hui fraîchement retraité, a livré son analyse sur la question : « Il faut déjà garder en tête qu’une carrière, ça peut paraître court mais c’est long à la fois. Bien loin de moi l’idée de donner des conseils à qui que ce soit, mais il faut envisager des plans de carrière. Le plus dur en vélo, c’est de conserver cette insouciance. On le voit avec Pogacar et la lassitude qui s’installe peut-être sur le Tour de France. Au-delà de la pure performance physique et de la capacité à progresser chaque année, c’est garder ce flow intérieur pour envisager que Paul atteigne les sommets auxquels il est prédestiné. Autour de lui, il y a un emballement qui m’inquiète un petit peu, dans toute la dimension hyper dure que cela impose aux jeunes athlètes. Maintenant, pour passer professionnel, ils sont obligés d’avoir un niveau d’exigence qui est tellement plus élevé qu’il était lors des années où nous sommes, nous, passés professionnels. Cela se retrouve dans le niveau de performance qu’ils arrivent à maîtriser dès leurs plus jeunes années. C’est cette facette, avec les contraintes mentales qui en découlent, qui peuvent affaiblir la motivation à long terme. Il faut réussir à trouver l’équilibre mais c’est assez personnel pour chaque athlète ».
« Il faut que Paul, d’ici deux ou trois ans, ait encore envie de découvrir des courses qu’il n’a pas faites »
Pour Romain Bardet, la question principale semble être de préserver au maximum la fraîcheur mentale du jeune tricolore, la clé de son ascension vers le plus haut niveau : « En World Tour, on a fait cinq, six, sept ou dix fois les mêmes courses. Il n’y a pas de renouvellement. Je pense qu’il faut garder cette fraîcheur au fil des années pour arriver à activer le physique à côté. C’est bien, sur les premières années de carrière, de garder l’émerveillement de découvrir de nouvelles épreuves, monter de manière graduelle sur les participations. Il faut que Paul, d’ici deux ou trois ans, ait encore envie de découvrir des courses qu’il n’a pas faites ». Une manière d'indiquer qu'il serait préférable de ne pas aligner Seixas sur le Tour de France dès la saison prochaine.