Fresque effacée, académie fermée... Djokovic puni par le pouvoir
Amadou Diawara

Novak Djokovic a soutenu les manifestations d'un opposant à la politique d'Aleksandar Vucic. Et le président de la Serbie a riposté à sa manière. En effet, Nole a vu une fresque à son effigie être noircie, l'une de ses académie être fermée et ses exploits être passés sous silence par certains médias locaux.

Andrej Josifovski, auto-surnommé Pijanista (le pianiste) sur son compte Instagram, a réalisé une énorme peinture murale dans les rues de Belgrade. Une œuvre à l'effigie de Novak Djokovic. Se définissant comme un activiste anti-gouvernemental, un opposant à la « politique dictatoriale » du président Aleksandar Vucic (Parti progressiste serbe, SNS), l'artiste se réjouit d'avoir le soutien de l'ancien numéro 1 mondial. « Novak a soutenu nos manifestations de plusieurs façons. Mais c'était discret, dans des likes ou des stories. À Wimbledon, il a fait le geste de la pompe et tout le monde savait ce qu'il y avait derrière. Ce jour-là, j'ai reçu plein de messages me disant : "Novak a pompé ! Novak a pompé !" Dès le lendemain - le 3 juillet 2025 -, j'ai fait ce dessin sur le mur et c'est vite devenu une tendance de venir se prendre en photo à côté », a confié Andrej Josifovski lors d'un entretien accordé à L'Equipe.

«J'ai eu du mal à l'imaginer noircissant Novak en pleine nuit»

Dans la foulée, Andrej Josifovski a annoncé que Novak Djokovic et lui avaient été victime de représailles. « Le 21 octobre, quelques jours avant la commémoration de l'anniversaire du drame (le 1er novembre), un gars, sans doute payé par les autorités, a effacé tous les slogans anti-gouvernementaux sur les murs de la capitale. J'ai eu du mal à l'imaginer noircissant Novak en pleine nuit, mais c'est pourtant bien réel. J'ai immédiatement refait le dessin, qui a eu un plus grand impact encore que le premier. C'était comme une renaissance », a regretté Pijanista.

«Le Novak Tennis Center a mis la clé sous la porte»

Comme l'a souligné L'Equipe, Novak Djokovic est devenu un « paria » dans les médias alignés avec le pouvoir en place en Serbie, et ce, depuis qu'il a apporté son soutien à la contestation étudiante. Après sa 100ème victoire à Melbourne (le 19 janvier à l'Open d'Australie), un record, le joueur de 38 ans n'a pas fait les gros titres du tabloïd Informer. En effet, son exploit n'a été mentionné qu'à la 31ème et avant-dernière page du journal. Depuis Wimbledon 2025, les résultats de Novak Djokovic sont passés sous silence à la télévision d'État, alors qu'il était cité en ouverture du JT à la moindre information précédemment. Snobé par certains médias, le natif de Belgrade a également été contraint de mettre fin à toutes ses activités liées au tennis sur le territoire serbe. Et si sa fondation consacrée à l'éducation des enfants en Serbie existe toujours, « son tournoi a dû déménager précipitamment dans sa patrie d'adoption » d'après L'Equipe. Et, comme ajouté par le média français, « le Novak Tennis Center, académie ouverte quinze ans auparavant sur des installations municipales, a mis la clé sous la porte il y a trois ans. C'était bien avant les événements de Novi Sad, mais la reprise des lieux par Janko Tipsarevic, son ami de toujours bien qu'il soit, lui, très proche du pouvoir, business oblige, a des allures de pied de nez ». Enfin, le budget alloué au tennis par la République de Serbie aurait été amputé de 425 000€, sur les 665 000€. Une information révélée par la télévision locale SportKlub. Pour rappel, Goran Djokovic est le président de la fédération de tennis serbe depuis septembre 2024. « On souffre, il nous faut trouver des subventions privées mais c'est dur », regrette l'oncle de Novak Djokovic.