Foot - Ligue des champions
Après le fiasco du Stade de France, Darmanin égratigné par Macron

Quatre jours après les débordements survenus au Stade de France, la polémique se poursuit et les explications données par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin ne suffisent pas à convaincre, au contraire. Au sein de la majorité, la colère est grande, et Emmanuel Macron serait le premier furieux de la tournure des événements.

La polémique autour des incidents du Stade de France survenus samedi soir en marge de la finale de la Ligue des champions entre le Real Madrid et Liverpool ne désemplit pas et a pris une tournure politique. À quelques semaines des élections législatives, l’opposition ne manque pas de fustiger l'action de l’exécutif, et Gérald Darmanin est le premier ciblé par les critiques. Invité du 20H de TF1 lundi, le ministre de l’Intérieur a justifié ce fiasco par la fraude massive aux faux billets tout en rejetant la faute sur le club de Liverpool et ses supporters. « Les problèmes n’ont eu lieu qu’à Liverpool. Ce qui s’est passé samedi est regrettable. Il y a eu entre 30 000 et 40 000 personnes de plus que ne que peut accueillir le Stade de France sur le parvis, et ils étaient là avec ou sans billets, avec des billets falsifiés ou sans billets. Dans le stade, il y a eu 29 interpellations, la moitié était des Britanniques qui ont passé sans billets les contrôle, s’est justifié Gérald Darmanin. La logique veut que tous les billets soient désormais électroniques. Là, il se trouve que les clubs de foot, notamment Liverpool, ont demandé l'intégralité de leurs billets en papier. C'est un peu étonnant. On s'en étonne. » Une version qui ne convainc pas, au point de risquer « un incident diplomatique » aux yeux du président du Rassemblement national Jordan Bardella

Les explications de Gérald Darmanin ne passent pas

Invité de RTL, Steve Rotheram, maire de la métropole de Liverpool, a jugé la version délivrée par Gérard Darmanin de « grotesque », assurant que le ministre de l’intérieur « doit avoir des preuves de ce qu'il avance. Sinon il induirait en erreur les Français et les fans de foot du monde entier. S'il y a 40 000 faux tickets, alors nous sommes curieux de voir ça. Ça fera bien sûr l'objet de l'enquête indépendante lancée poursuit Steve Rotheram. Franchement, nous savons tous que cela a été inventé sur place. Ils essaient de dévier l’attention. » De son côté, le président des Reds Tom Werner attend « des excuses » de la part du locataire de Beauvau et de la nouvelle ministre des Sports Amélie Oudéa-Castéra suite aux scènes de chaos qui ont émaillé la rencontre de samedi. Mais dans la majorité et au sein de son parti, Darmanin se fait également égratigner. 

« Dire qu'il y avait 40.000 faux billets, c'est se foutre de la gueule du monde », lance un cadre d’En Marche

Dans des propos recueillis par RTL, un proche d’Emmanuel Macron ne mâche pas ses mots au moment d’évoquer les explications avancées par le ministre de l’Intérieur. « Il fait n'importe quoi ! Mais pourquoi bomber le torse alors que c'est un terrible échec ? », explique-t-il, une sortie appuyée par un cadre d’En Marche : « Dire qu'il y avait 40.000 faux billets, c'est se foutre de la gueule du monde. » Un ministre tance lui aussi la gestion de Gérald Darmanin : « Dimanche toute la journée, le cabinet de Darmanin a expliqué que ce n’était pas un sujet du ministère de l'Intérieur, mais un sujet Sports... alors qu'il avait tweeté depuis le PC sécurité. Puis quand c’est redevenu un sujet Intérieur, il a expliqué qu'ils avaient sauvé des vies. 20.000 supporters, c'est la fréquentation d'un gros marché un samedi matin ! », réagit-il, rapporté par BFMTV.

« Le président de la République n’a même pas eu besoin de dire qu’il soutenait totalement son ministre de l’Intérieur »

De son côté, Emmanuel Macron a préféré esquiver le sujet mardi lors de ses déplacements à Bruxelles puis à Cherbourg. « Je ne ferai aucun commentaire sur ce qui relève du gouvernement et ce qui a déjà été instruit », a indiqué le président de la République. Pour autant, ce dossier brûlant ne manque pas d’agacer le chef de l’État à l’Élysée comme le révèle BFMTV ce mercredi. « On peut dire qu'il était furieux, assure un proche d’Emmanuel Macron. Il a été demandé expressément au ministre de l'Intérieur de monter au créneau et d'arrêter d'expliquer que nous n'étions responsables de rien. » Dès samedi, le président de la République aurait affiché son mécontentant au vu des images à en croire les révélations du Canard Enchaîné, qualifiant ce fiasco comme étant « pitoyable », « honteux », et « indigne de la France. » Selon BFMTV, Emmanuel Macron et sa Première ministre Elisabeth Borne auraient demandé à Gérald Darmanin de ne plus se décharger sur sa collègue des Sports Amélie Oudéa-Castera. « Nous n'avons pas passé le Conseil des ministres à détailler ce qu'il s'est passé au Stade de France mais le sujet a été abordé, a pour sa part réagi Olivia Grégoire, porte-parole du gouvernement dans des propos retranscrits par RMC. Aurait-on pu faire les choses mieux? Est-ce que cela aurait pu être mieux géré? Oui. Y a-t-il eu un drame ou des blessés? Non. Peut-on améliorer les choses en vue des prochaines compétitions sportives? Certainement », a-t-elle déclaré à la sortie du Conseil des ministres, rappelant qu’Emmanuel Macron « n’a même pas eu besoin de dire qu’il soutenait totalement son ministre de l’Intérieur. » Gérald Darmanin et Amélie Oudéa-Castéra seront entendus par le Sénat ce mercredi à partir de 17 heures pour s’expliquer. 

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