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Le clasico du PS

Valls : « Hollande est obligé de tacler, attaquer et marquer ! »

Manuel Valls

Manuel Valls, député-maire d’Evry et directeur de la communication du candidat socialiste à la Présidentielle, dévoile sa vision du sport dans les colonnes du 10 Sport. Retrouvez ici un extrait de l’interview.

Il y a plus d’un mois, la France perdait son AAA. Mais si on notait le PSG version qatarie on lui donnerait un quadruple A. Ca vous dérange cette puissance financière sans limite ?
J’ai fréquenté le Parc des Princes quand les places étaient encore à 6 francs et qu’on pouvait aller à Boulogne ou à Auteuil sans problèmes. J’étais dans la tribune populaire en 1982 quand le PSG a gagné sa première Coupe de France aux pénalties contre Saint-Etienne et que le président Borelli a embrassé la pelouse. Il ne faut pas être naïf, le sport professionnel a besoin d’argent… à condition qu’il bénéficie à tous. Et nous voyons avec la dimension que prend le foot en Europe que la France a besoin de construire de grandes infrastructures sportives, des stades et avoir des clubs qui aient une assise saine sur le plan financier. L’argent dans le foot n’a d’intérêt que s’il entraîne du beau jeu, touche le plus grand monde et permette de développer les clubs dans toutes nos villes et tous nos quartiers. Donc, j’attends de voir. Je suis supporter du PSG et j’espère que derrière il y a un projet sportif et pas uniquement un projet financier, un projet de marque. J’étais très sceptique sur l’arrivée de Beckham parce que c’est une marque, ce n’est pas un joueur de foot, ce n’en est plus un ! Regardez, Chelsea, avec beaucoup d’argent, même s’ils ont gagné des championnats d’Angleterre, le club a du mal à passer au stade supérieur. Il faut une âme, une Histoire, un ancrage… pas simplement des grands joueurs.


Surtout que la nouvelle politique du club n’est pas vraiment celle de la formation…
C’est dommage ! On peut avoir un très grand club avec de très grands joueurs qui viennent de l’étranger et qui s’appuie en même temps sur la formation des jeunes. Et le PSG a cette assise ! Il y a quand même un grand problème en Ile-de-France. A Paris, dans une agglomération de 11 millions d’habitants, il n’y a qu’un club en Ligue 1 et un autre en Ligue 2. Alors que dans toutes les grandes villes européennes, il y a deux, trois clubs, avec évidemment l’exemple de Londres qui compte plus d’une dizaine de clubs professionnels. C’est un vrai problème. Il faut s’appuyer sur la force de nos quartiers. Du coup, on vient débaucher ces jeunes avec un état d’esprit qui n’est pas loin de l’esclavagisme pour qu’ils aillent jouer dans d’autres clubs français, en Grande-Bretagne ou en Italie. Il faut faire attention.


Quel serait le modèle idéal, s’il en existe un ?
Barcelone est une ville extraordinaire, j’y suis né donc je la connais bien. Le club y est un véritable étendard. Mais c’est aussi vrai à Manchester et ailleurs. Pour cela, il faut une assise populaire. Si ça ne marche pas à Paris, c’est qu’on n’a pas créé les conditions pour cela. Mais ça se construit. Il faut évidemment mettre beaucoup d’argent, acheter de grands joueurs et derrière être capable de s’appuyer sur la formation. Il y a eu une formation à la française : Sochaux, Nantes, Auxerre, Monaco à un moment. Tout ça disparaît et c’est un vrai problème. A Barcelone, ils ont les deux… même les trois. Ils ont l’identité catalane, la formidable capacité à former les joueurs très jeunes et en même temps recruter des stars qui viennent de l’extérieur.
 


Barcelone est plus qu’un club pour vous. On évoque une histoire de famille…
Absolument. Le cousin de mon père est le compositeur de l’hymne du club. Il s’appelait Manuel Valls… vous vous rendez compte. Parfois, je laisse la confusion s’installer pour qu’on pense que c’est moi qui l’ai écrit. Il était musicologue, spécialiste de la musique classique et on lui a demandé de composer l’hymne du FC Barcelone. J’y reviens mais ce club a une Histoire. Pendant la dictature de Franco, c’était le seul club où on pouvait sortir les couleurs de la Catalogne. Aujourd’hui, c’est devenu un club qui, grâce à l’école Johan Cruyff et Pep Guardiola aujourd’hui, pratique un football inouï.
 

Et combien de temps son hégémonie peut-elle durer ?
Le temps d’une génération de footballeurs. Encore 3, 4 ou 5 ans. Tant qu’ils ont du plaisir à jouer… On peut avoir gagné beaucoup d’argent et beaucoup de titres, si on fait plaisir aux autres et qu’on se fait plaisir à soi-même… on joue pleinement son rôle. Tant que Messi, qui est pourtant milliardaire grâce à son talent, a envie de jouer tous les matchs et qu’à chaque fois qu’il marque il prend un plaisir fou, le stade lui rendra hommage. C’est un état d’esprit et un football qui vient de loin, qui vient d’un des joueurs les plus exceptionnels des années 1970 qui est Cruyff.


François Hollande est également fan du Barça. C’est vous qui l’avez converti ?
Je ne sais pas s’il est vraiment fan du Barça. Mais il a raison de choisir une équipe qui gagne. Je me souviens avoir vu dans son bureau un maillot de Madrid, ce qui m’a profondément choqué… Non, je plaisante (sourire). Il est allé voir le match du Real face à Lyon à Santiago Bernabeu et il est reparti avec le maillot de Karim Benzema. Il faut surtout être fan du beau football. Si le Barça ne pratique pas de beau jeu, comme du temps de Van Gaal, je ne m’accrocherais pas.


Dans cette campagne présidentielle, François Hollande sera quel type de joueur ? Attaquant, cherchant à marquer des points à chaque match, meneur de jeu distribuant ses idées au Français ou défenseur taclant ses adversaires quand c’est nécessaire…
Il n’y a qu’un seul candidat socialiste. Il doit donc jouer à tous les postes. François Hollande est un distributeur de ballons quand il joue au foot. Mais dans cette campagne, il est obligé de défendre, de tacler, d’attaquer, de marquer ! L’élection présidentielle est un peu comme un championnat. On connaîtra le vainqueur uniquement à la fin du calendrier. Là j’ai l’impression qu’on a gagné un Clasico (sourire). Mais le championnat n’est pas fini !

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