Souvent vieillots, mal sonorisés et énergivores, les stades de football français ont pour beaucoup d'entre eux besoin d'un sérieux coup de peinture. Mais leurs propriétaires réagissent différemment face à la pression de supporters des clubs : là où le gouvernement de Monaco semble vouloir faire traîner les travaux aussi longtemps que les spectateurs pourront le supporter, le PSG menace, de son côté, de quitter le Parc des Princes si la mairie de Paris fait monter les enchères.
Quelques semaines après une finale de coupe du monde historique, la planète football a les yeux rivés sur les stades du Qatar – les joueurs et supporters qui les faisaient vibrer bien sûr, leur fameuse et controversée climatisation à ciel ouvert, ou encore cette étrange « peinture » verte qui, se décollant des pelouses, semblait tant indisposer les équipiers de la sélection anglaise. Mais, loin du tumulte du mondial qatari, les stades du championnat français font, eux aussi, parler d'eux, et pas forcément en termes plus élogieux que les installations de Doha et de ses alentours. Vieillissants, inadaptés aux contraintes du football moderne ou carrément vétustes, plusieurs de ces stades s'attirent les foudres régulières des supporters du championnat. La grogne monte dans les gradins, et tous les clubs ou les propriétaires des stades n'adoptent pas la même stratégie face au mécontentement de leurs supporters. Trois stades, trois ambiances.
Saint-Etienne au rendez-vous
Commençons par les bons élèves. Déjà rénové de fond en combles à l'approche de l'Euro 2016, le stade Geoffroy-Guichard de Saint-Etienne va, à nouveau, bénéficier d'importants travaux de rénovation destinés à accueillir dans les meilleures conditions les spectateurs de la Coupe du monde de rugby 2023 et des Jeux Olympiques de l'année suivante. Au programme : la rénovation intégrale de la sonorisation du stade, qui laissait à désirer ; et celle de l'éclairage, les lampes actuellement en place faisant place à des ampoules LED dernière génération, à la fois plus économes et plus écologiques. En bref, un vrai son et lumière pour les supporters de Saint-Etienne, qui pourront en plus profiter de nouveaux écrans géants incurvés. Des mises à jour high tech dont le coût total devrait atteindre 5,68 millions d'euros et qui devraient être livrées d'ici à la fin de l'année..
A Monaco, une rénovation qui se fait attendre
Direction Monaco, maintenant, où la richesse de la principauté ne semble étrangement pas ruisseler jusqu'aux gradins du stade Louis II. Décrit comme « vétuste » par les supporters de l'AS, le stade, qui appartient à l’État, fait l'objet de critiques récurrentes : vieillot – l'ensemble date de 1985 –, doté d'une acoustique qui laisse à désirer, disposant d'une piste d'athlétisme malencontreusement coincée entre le terrain et les tribunes, des buvettes dont la qualité et la quantité laissent également à désirer, sans parler de ses fameux sièges en plastique jaune, une incongruité pour un club dont les couleurs sont le rouge et le blanc... Cette saison, lors du match de Ligue 1 à domicile contre Lens (20 août), les supporters ont même accroché une banderole dans les tribunes demandant au gouvernement « quand attendre le changement. » Une situation d’autant plus tendue que la salle de sport multifonctionnelle Gaston-Médecin, où joue le club de basket de Monaco, a, elle, été reconstruite dans les plus brefs délais et mise en service cette année. Autant de récriminations qui ne font qu'accentuer l'urgence d'une rénovation en bonne et due forme. Pourtant, les autorités monégasques temporisent et tardent à lancer des travaux d'envergure. Le conseiller-ministre Patrice Cellario insiste sur la « complexité » du projet de rénovation et la succession des « phases » de travaux. Il estime que la rénovation du stade pourrait s'étaler sur « une dizaine d'années ». Un bel exercice de langue de bois ? Pas sûr que la patience des supporters monégasques suffise à attendre encore des années supplémentaires. Les propos du ministre n’ont évidemment pas convaincu les fans de l’AS Monaco, dont l’indignation montait sur les réseaux sociaux, ni les élus du parlement monégasque qui ont abordé ce sujet à plusieurs reprises ces derniers mois, ainsi que les médias de Principauté. Dans un récent entretien dans la presse locale, le Prince Albert II lui-même a affirmé « entendre la frustration de (ses) supporters ». Reconnaissant que les caractéristiques du stade de l'AS Monaco « ne satisfont plus forcément (aux) exigences actuelles », le souverain rappelle que « le bâtiment fait l'objet d'une rénovation progressive » – non sans admettre qu'il « faudra, sans doute, augmenter ce programme de rénovation, (…) le réviser, le réactualiser ».
Au Parc des Princes, l'ultimatum des patrons du PSG
Si les têtes couronnées de Monte-Carlo ne semblent pas pressées de sortir le carnet de chèques, d'autres « Princes » n'ont pas ces mêmes réserves. A Paris, le mythique stade du PSG pourrait officiellement devenir la propriété du club, dont les hautes instances n'ont de cesse de critiquer les défauts techniques – si, et seulement si, la Mairie de Paris accepte l'offre de 50 millions d'euros proposée par les dirigeants du club. Et dans le cas contraire ? Si le PSG ne peut acquérir son propre stade et y faire réaliser toutes les rénovations qu'il souhaite entreprendre, « on va simplement aller construire un nouveau stade » ailleurs, balaie, avec l'assurance de ceux qui n'ont pas à compter leurs sous, Nasser al-Khelaïfi, le patron du club parisien. Comme quoi à Paris comme à Monaco, un coup de peinture vaut, parfois, mieux que pousser la poussière sous le tapis en espérant que les supporters avalent la pilule.