Si les supporters de l’OM sont connus pour être volcaniques, cela a également été le cas de certaines personnes passées par Marseille. En ce sens, un ancien membre du club a raconté le moment où son président avait craqué face aux joueurs, après une défaite dont on se souvient encore aujourd’hui.

Pour Jean Fernandez, adjoint de Raymond Goethals à ce moment-là, la « victoire de l’OM en Ligue des champions en 1993 à Munich est née deux ans avant. » Comme il le confiait dans un entretien accordé à Nice-Matin en 2023, il estime que c’est à Bari, où Marseille s’était incliné aux tirs au but face à l’Étoile Rouge de Belgrade en finale de la C1 1991, que tout a commencé.
« Tapie fonce vers la scène, casse une guitare et demande à tout le monde de quitter les lieux dans les cinq minutes »
« Tout part de cette finale perdue face à l’Étoile Rouge de Belgrade. On est dans le bus qui amène au stade. Je suis assis derrière Bernard Tapie. Je le surprends en train de mimer le fait de tenir la Coupe, de la soulever. Il était possédé. Je me suis dit : il est fou ! Qu’est-ce qui lui prend ? On connaît la suite. On perd aux tirs au but », racontait Jean Fernandez, qui avait encore en mémoire la colère de Bernard Tapie après cette défaite. « On rentre à l’hôtel où tout était prévu pour une petite fête. L’orchestre se met à jouer. Tapie fonce vers la scène, casse une guitare et demande à tout le monde de quitter les lieux dans les cinq minutes. Les musiciens étaient stupéfaits. Tapie ne supportait pas l’échec, la défaite. Il était dévoré par la haine. Dix minutes plus tard, la scène était devenue un lieu mortuaire. On n’entendait que les couverts. Il m’appelle : ‘‘Cette nuit, tu dors dans la chambre du Belge. J’ai peur qu’il nous fasse une crise cardiaque. Tu as vu sa tête ? On dirait qu’il a 95 ans. Il va y passer. Et tu lui enlèves les Belga. Il s’étouffe." Du Tapie dans le texte. »

« Le discours dure trois minutes. Je m’en souviendrai toute ma vie »
Le lendemain, celui qui était alors président de l’OM a donné un discours qui a marqué Jean Fernandez : « Plus tard, il quittera la salle, en compagnie de son épouse, après avoir remarqué que la table des invités, où se trouvaient Beckenbauer et des joueurs qui n’avaient pas disputé la finale, étaient au champagne. Le lendemain matin, il nous réunira tous dans la salle de réception. Le discours dure trois minutes. Je m’en souviendrai toute ma vie : "Écoutez-moi bien, la Ligue des champions, je l’ai perdue hier soir, je vais la gagner demain. La différence ? Aujourd’hui, je sais avec qui je vais la gagner et avec qui je ne vais pas la gagner." Les mecs se regardaient. Moi, je regardais Tapie. Incroyable. Et 1993 a commencé ce matin-là. Tapie, c’était une machine de guerre. Il était hors norme. Il dégageait une énergie folle. Quand il entrait quelque part, on sentait le souffle. Il avait aussi le souci du moindre détail. Quand j’ai pris un appartement, j’avais une ligne de téléphone qui lui était réservée. Il pouvait m’appeler en pleine nuit et me garder deux heures. »