«Ça, personne ne le sait» : Medhi Benatia raconte le moment où Frank McCourt l’a convaincu de rester à l’OM
Hugo Chirossel -
Journaliste
Passionné de football depuis le plus jeune âge, devenir journaliste sportif est rapidement devenu une évidence pour Hugo. Il se découvrira plus tard un amour pour la NBA, avant d’explorer d’autres horizons comme ceux de la Formule 1 et de la NFL.

S’il n’est désormais plus le directeur du football de l’OM, Medhi Benatia voulait dans un premier temps s’en aller dès le mois de février dernier. C’est à la demande de Frank McCourt qu’il a accepté de rester jusqu’à la fin de la saison, un épisode sur lequel l’ancien international marocain est revenu.

Invité dans l’émission The Bridge, animée par Aurélien Tchouameni, Medhi Benatia revenu sur son expérience de deux ans et demi à l’OM, dont il n’est désormais plus le directeur du football. Après avoir annoncé sa démission sur ses réseaux sociaux personnels au mois de février dernier, il a finalement accepté de rester jusqu’à la fin de la saison, à la demande du propriétaire, Frank McCourt.

« J’aurais dû fermer les yeux sur tous les problèmes qu’il y a eus »

« Ce que j’aurais pu faire différemment ? J’aurais pu faire comme Monsieur tout le monde. C'est-à-dire que si tu regardes les derniers directeurs sportifs de Marseille, souvent, ils ne sont pas français, souvent, ils viennent de l’étranger. Le lendemain de leur contrat, quand il est fini, qu’est-ce qu’ils font ? Ils prennent le premier avion et ils partent loin de Marseille. Sauf que moi, ça va s’arrêter le 20 mai », a confié Medhi Benatia. « En fait, quand j’arrive dans ce club, je suis obligé d’être entier tous les jours parce que je ne peux pas me tromper. Je vais rester vivre là-bas moi. Mes enfants sont à l’école là-bas, ma vie est là-bas, ma mère est là-bas, je vais aller où ? Ça y est, le petit joue, j’ai ma fille qui va passer son Bac, donc je n’ai pas prévu de partir. Il ne faut pas raconter un truc à un supporter, mais en vérité je fais le contraire. Donc oui, ce que j’aurais dû faire, j’aurais dû fermer les yeux sur tous les problèmes qu’il y a eus, sur les horaires, sur les mecs qui te font croire qu’ils ont travaillé 15 heures alors qu’en vérité, c’est pas vrai. Sur tout ce que j’ai vu de ce club, sur la folie de ce club, sur les mecs qui sont là-haut, soi-disant ils ont des rôles et qu’en vérité je n’ai jamais compris à quoi ils servent. Moi, on m’a reproché de mettre le doigt, mais je ne vais jamais changer. Comme j’ai dit, je ne vais jamais me renier. Et quand je viens, ils savent ce que je vais apporter là-bas. Cette semaine encore, malheureusement, il y a eu deux-trois trucs de comportement qui n'ont pas été. Je pourrais me dire : “Attends, dans cinq matchs, c’est fini. Pourquoi tu vas faire encore des vagues ?” Mais j’ai vu des comportements, c’est pas possible. »

« La seule chose que je veux, c’est ta parole que tu me laisses partir au mois de mai »

Medhi Benatia a ensuite raconté le moment où il avait décidé de quitter l’OM, avant d’être retenu par Frank McCourt : « Quand je reviens, quand je pose ma démission, c’est le boss, c’est pas quelqu’un, c’est le boss. Quelqu’un qui a mis plus de 750 millions de dollars dans le club. Monsieur McCourt qui me dit : “Medhi, s’il te plaît, c’est pas du football, là, c’est amical. J’ai besoin que tu restes. T’es celui qui a créé tout ça. J’ai perdu le coach, il s’en va, le président…” Pourquoi je pars ? Parce que je suis fatigué, parce que je n’en peux plus. Je me dis ça y est, je préfère partir. Je vais laisser le président gérer comme il a envie. Il va ramener son entraîneur. Moi, je veux partir, je veux rien d’autre. Je fais une lettre en disant que je veux partir. Et lui me dit : “Écoutes, tu as un préavis. Medhi, s’il te plaît, est-ce que tu peux attendre la fin de saison parce que j’ai besoin de toi ?” Je dis : “Boss, s’il vous plaît, je veux arrêter ça y est. Gardez-le le président qui est là. Nommer un nouveau directeur, c’est facile, un coach qui va finir la saison, mais moi, je veux me retirer. Ça y est, l’équipe est faite, le mercato est fait, donc en fait, ça ne va rien changer.” Et là, il me dit : ”Montes me voir à Paris.” Je vais le voir à Paris. Ça, personne ne le sait, c’est une petite exclu. Je prends le dernier vol, donc j’arrive à Paris le soir. Il me dit : “Écoutes, s’il te plaît, qu’est-ce que je peux faire pour que tu restes ?” Je fais : “Non, Boss, je ne veux rien du tout. La seule chose que je veux, c’est ta parole que tu me laisses partir au mois de mai, c’est tout ce que je veux.” Il m’a dit : “Ok, alors restes avec nous, aide-moi à finir au mieux cette saison parce qu’on doit finir là-haut. C’est l’objectif du club, pour la santé du club, pour les années à venir. Mais tu as ma promesse qu’en fin d’année tu feras ce que tu voudras. On ne va pas s’opposer à ce que tu partes.” »

« J’ai accepté de revenir alors que je ne voulais pas »

« Quand je reviens sur les épisodes qu’il y a eus, des comportements qui n’ont pas été dignes. Quand tu perds des matchs, t’arrives en fin de saison comme ça, c’est pas facile de garder tout le monde connecté. Ceux qui jouent pas beaucoup, il y a eu des changements de coachs », a poursuivi Medhi Benatia. « Mais j’ai dit : “Boss, quand je suis revenu, j’ai accepté de revenir alors que je ne voulais pas.” Pour moi, quand je reviens, je ne lui promets pas que je vais aller en Ligue des champions. Je ne peux pas le savoir ça. Moi, je peux être maître de ce que je peux changer. Et je lui ai dit : ”Saches une chose, c’est jusqu’au 20 mai, il n’y a pas une attitude, un comportement que je vais laisser passer.” Donc en fait, je vais continuer à être moi jusqu’au 20 mai. Et les joueurs pourront dire aux agents, qui vont répéter à la presse, que j’ai dit ça à untel, à untel, à untel, à untel. Mais je vais te mettre chaque joueur, chaque personne de ce club, je vais vous mettre devant vos responsabilités parce qu’on a un mec derrière qui a investi, parce qu’on a des gens… Il y avait encore 60 000 contre Metz, pourtant tu joues Metz qui est condamné. Malgré l’atmosphère, malgré tout ce qu’on veut dire, les gens sont déçus, oui, mais ils étaient là quand même et ils ont chanté. Donc par rapport à ces gens-là, il reste cinq matchs, tu dois aller au bout. D’ici-là, peut-être qu’il y aura eu encore d’autres problèmes, mais on va aller au bout du bout jusqu’à la fin. Et après on tirera un trait et on verra où est-ce qu’on est. »

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