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Lance armstrong des champs elysees a la maison blanche

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Lance Armstrong a une immense ambition. Le Tour 2010 ? Non. Une carrière politique. Avec, dans le viseur, un poste de gouverneur ou de sénateur. En attendant peut-être mieux un jour.

Son nom ne vous dira rien. Mark McKinnon. Conseiller médias et publicité des républicains George W. Bush et John McCain lors des élections présidentielles 2000, 2004 et 2008. Cet ancien démocrate arbore dans son portefeuille de clients un nom familier. Lance Armstrong. LE Lance Armstrong. Survivant du cancer. Sept fois vainqueur du Tour. Qui a décidé de se tourner vers ce conseiller spécial, membre du conseil d'administration de la Lance Armstrong Fondation, pour l'aider à gérer les médias. Mais sa nouvelle mission consiste aussi, et surtout, à faire entrer Lance dans le peloton de la politique. Sur ce sujet, on a entendu tout et n'importe quoi. Pour trouver la vérité, il suffit d'écouter Armstrong. De lire son interview fleuve à Vanity Fair, en septembre 2008, dans laquelle il annonçait son retour dans les pelotons : « Gouverneur du Texas ? Dans l'avenir, quelque chose de cet ordre est possible. Probablement en 2014. » L'ambition est lâchée. Loin d'un fantasme. Mais proche de la véritable raison de son retour réussi ? 3e du Tour en juillet dernier. « Lance est un animal politique, explique un journaliste US, ami du Texan. Depuis sa retraite sportive, en 2005, son image s'était brouillée. On le voyait beaucoup dans les pages people, à écumer les soirées et multiplier les conquêtes dans la jet-set. Une campagne politique se prépare de longue date. Un retour dans le cyclisme dicté par la lutte contre le cancer, c'était parfait pour se refaire une crédibilité dans les médias. Une stratégie travaillée avec McKinnon, qui était présent lors du dîner préparatoire à l'interview de son come-back. Lance a placé son retour sous le signe de la transparence sur le plan des contrôles antidopage. La transparence est un concept que les hommes politiques adorent pratiquer. Ou faire semblant de pratiquer. (Rires.) »

Le Sénat dans un premier temps ?

Un plan minutieux, donc, et ce jusque dans le timing de l'annonce. « En août, tous les médias étaient tournés vers les conventions démocrate et républicaine avant l'élection présidentielle de novembre, poursuit notre témoin. En octobre, tout le monde parlait du sprint final entre Obama et McCain. Faire ça en septembre, c'est s'assurer un retour médiatique et faire comprendre aux deux candidat qu'il sera un interlocuteur incontournable de la lutte contre le cancer. D'ailleurs, il n'a soutenu personne avant l'élection. Il ne voulait se fermer aucune porte. » Mais comment le champion est-il devenu un politique en puissance ? Le combat contre la maladie a joué un rôle de déclencheur. « Récolter des fonds, défendre sa cause, ça lui a donné une profondeur et l'envie d'agir pour ses concitoyens », explique Chuck Lindell, journaliste politique au Austin American-Statesman. En près de 12 ans d'existence, la Lance Armstrong Fondation a récolté plus de 275 millions de dollars. De quoi inciter un comité du Sénat américain à le faire témoigner sur la bataille contre le cancer en mai 2008. « Il a parlé comme un politicien, se souvient Douglas Brinkley, le journaliste auteur de l'interview de son retour pour Vanity Fair. Il était clair et énergique. C'était très fort. » Né à Dallas, vivant à Austin et propriétaire d'un ranch à Dripping Springs, Armstrong ne s'imagine pas débuter en politique ailleurs que dans son Texas chéri. Un Etat pour lequel il fait jouer son influence. « Lance et sa fondation ont beaucoup ?uvré en sous-main en faveur de la Proposition 15, une loi d'Etat débloquant 3 milliards de dollars pour l'institut de recherche et de prévention du cancer du Texas, relate Chuck Lindell. Il a ouvert son carnet d'adresse et mis la pression. Il était présent lors du vote sur la loi au Capitole de l'Etat. »

Malin comme un renard, Armstrong sait conserver ses réseaux au niveau local. En 2008, l'Austin American-Statesman l'accuse d'être le plus grand consommateur d'eau d'Austin, la ville la plus écologique du Texas. Sa propriété engloutit en moyenne 598.095 litres par mois (!) depuis janvier 2007, avec deux pics à 843.768 et 1.249.185 litres en juin et juillet 2008. Il faut dire que Lance possède une grande piscine et de nombreux arbres très verts. Aussitôt, Armstrong rédige une méchante missive destinée au rédacteur en chef. Elle restera lettre morte. « Il a pris conscience qu'il ne pouvait pas se fâcher avec le journal local, indique notre confrère. Il aura besoin de leur soutien pour sa campagne. » Mais quelle campagne ? Le poste de gouverneur semble son objectif à l'horizon 2014. Mais les circonstances pourraient l'amener à entrer plus vite dans la danse. « Kay Bailey Hutchinson, sénatrice du Texas, a annoncé qu'elle briguait l'investiture républicaine contre Rick Perry, qui vise un troisième mandat de gouverneur en 2010, indique Chuck Lindell. Si elle l'obtient, elle démissionnera du Sénat. Lance pourrait donc se présenter à ce poste dès 2010, même s'il participe au Tour. Commencer sa campagne fin juillet, après avoir peut-être réussi à regagner le Tour, semble plausible pour une élection en novembre. » Sénateur d'abord, si les choses tournent dans le bon sens pour lui. Puis peut-être gouverneur. Et après ?

Un républicain anti-guerre et pro-avortement

Le ciel est sa limite. Il est proche des grands de ce monde, au point de menacer d'en appeler à... Nicolas Sarkozy (qu'il avait déjà eu au bout du fil avant son retour) si ASO, l'organisateur du Tour, avait refusé de l'accueillir sur la Grande Boucle 2009. Il a aussi rendu visite au Premier ministre australien Kevin Rudd en janvier dernier, en marge du Tour Down Under, afin de l'inciter (avec succès) à augmenter le budget de son gouvernement pour la lutte contre le cancer. Celui que ses concitoyens considèrent comme un véritable héros américain pourrait viser très haut. Témoin cette déclaration dans Vanity Fair : « Imaginez que j'aille me coucher à la Maison Blanche et que mes conseillers viennent me dire : ''1500 personnes sont encore mortes du cancer aujourd'hui''. Ce serait un putain de problème. C'est ce qui se passe et je n'arrive pas à comprendre que ça ne fasse pas réagir. » Quand Lance se voit président... Et d'enchaîner sur sa vision de la santé US, plus obamaesque que bushiste : « On a besoin d'une réforme de notre système de santé. Il n'est pas équitable. Un tiers de la société américaine n'a pas accès à des soins de qualité. Ce n'est pas juste. » Un discours logique quand on sait que Lance avait perdu son assurance santé après le diagnostic de son cancer des testicules en 1996. « Il faut plus de prévention et de détection, poursuit Armstrong. Il faut agir contre le tabac. C'est le seul produit que l'on peut acheter qui vous tue si vous suivez bien les instructions. Vingt-quatre États et Washington D.C. sont désormais non-fumeurs. Tous les États doivent l'être ! »

Des paroles qui laissent imaginer un destin de présidentiable. Peut-être à l'horizon 2020. Lance aura 49 ans. Mais au fait, pour qui roulera celui que la presse US s'amuse à désigner comme « ni démocrate, ni républicain, ni indépendant » ? En 2003, dans les colonnes du journal britannique The Observer, L.A. se présentait comme un homme « de centre-gauche, contre la guerre en Irak et pro-avortement ». Selon plusieurs de ses proches, s'il conserve des liens avec le camp bleu des démocrates ? Barack Obama a promis de le recevoir, John Kerry porte son bracelet jaune Livestrong, Bill Clinton l'avait accueilli à la Maison Blanche après son succès sur le Tour 1999, lui assurant alors une augmentation du budget de l'institut national de santé américain, et l'aide toujours dans sa lutte contre le cancer au travers de colloques et autres séminaires ?, les années Bush ont fait basculer son coeur à droite, côté rouge (républicain). Un choix qui serait une des raisons de sa rupture avec la chanteuse Sheryl Crow, démocrate progressiste avérée, mais qui le rapproche des idées de la majorité des Texans. Lance l'homme politique devrait plutôt être un républicain moderne et progressiste, loin de l'idéologie néo-conservatrice de George W. Bush et consorts, dont il a tenu à se démarquer dans Vanity Fair : « Quand la guerre en Irak a débuté, en 2003, je me suis dit : mauvaise idée. On n'a rien à faire là-bas. Il y a d'autres problèmes plus urgents. En 2005, quand Bush m'a invité à faire du vélo dans son ranch de Crawford, au Texas, j'ai hésité à m'y rendre. Mais en tant qu'avocat de la lutte contre le cancer, je me devais d'y aller. »

Joue-la comme Palin

Même si, contrairement aux idées reçues, Armstrong n'a pas profité de sa supposée complicité avec Bush ? basée sur cette sortie à vélo dans le ranch texan de « W » ? pour lui soutirer de l'argent en faveur de sa cause. Sous l'administration Bush, les budgets du NIH (institut national de santé) et du NCI (institut national du cancer) ont même été réduits. « J'ai demandé à Bush d'accroître le budget du NIH d'un milliard de dollars. Je ne l'ai jamais obtenu », reconnaît-il dans Vanity Fair. De quoi donner envie de prendre les rênes et d'agir soi-même. Aux Etats-Unis, certains s'amusent déjà à comparer Armstrong à... Sarah Palin, la colistière républicaine de McCain en 2008, reine de la gaffe et possible candidate en 2012. « Ce sont les mêmes. La moindre critique les fait réagir de façon extrêmement défensive. Ils font passer leur ennemis pour des démons et cultivent un mélodrame permanent qui les laisse dans le feu de l'actualité, résume Bill Gifford, auteur d'un article sur le sujet pour le site Slate.com. Avec les critiques qu'il a affrontées dans sa carrière, s'il entre en politique, Lance sera bien préparé. » Dans la vie publique comme en sport, la défaite n'est pas imaginable pour Armstrong. « Je n'aime pas perdre. Dans rien. J'ai peur de l'échec. J'ai presque une phobie de l'échec, avouait-il dans à Vanity Fair. L'échec ou la défaite, quand on a le cancer, c'est la mort. La victoire, c'est la vie. (') Cette idée est gravée dans ma tête pour toujours. » Comme celle d'agir pour les autres. Alors, Lance dans le Bureau Ovale ? Au moins aussi incongru que d'imaginer Terminator en gouverneur de la Californie. Ah oui on oubliait. Il l'est déjà.

Quel sportif français encore en activité a de l'avenir en politique ?