Au sortir d'une nouvelle prestation exceptionnelle de Tadej Pogacar, qui est parvenu à remporter Milan San Remo malgré une chute collective intervenue à trente kilomètres de l'arrivée, l'ancien coureur Erwann Menthéour, qui a reconnu dans la deuxième moitié des années 90 avoir eu recours à l'EPO, reste très sceptique par rapport aux performances du champion slovène.

Si Tadej Pogacar a remporté Milan San Remo de manière impressionnante samedi, rentrant encore un peu plus dans la légende en décrochant l'un des deux Monuments qui manquaient à son palmarès - il ne manque plus que Paris-Roubaix -, sa performance n'a pas suscité l'enthousiasme chez tout le monde, à l'image de l'ancien coureur Erwann Menthéour, professionnel dans les années 90 et qui avait reconnu s'être dopé, notamment à l'EPO.
« À titre personnel, je ne cache pas mon malaise »
A l'occasion d'un post Instagram après la course relayé par plusieurs médias dont Ouest-France ou cyclinguptodate.com, Menthéour n'a pas caché son grand scepticisme devant le niveau de Tadej Pogacar : « Dans le cyclisme, l’admiration ne devrait jamais abolir l’esprit critique. Plus la performance semble hors norme, plus elle devrait appeler des questions. Sans pour autant insulter ou fantasmer… juste des questions ! Franchement j’hallucine ! Je regarde Pogačar courir, gagner, enchaîner, écraser, récupérer, recommencer, et je ne parviens pas à avaler le récit merveilleux qu’on nous sert. Un coureur qui ne baisse presque jamais, qui traverse les saisons avec une constance insolente, qui semble pouvoir tout faire, partout, tout le temps, devrait susciter autre chose que des applaudissements automatiques ».
« Ce que je vois dépasse largement ce que j’ai connu, vécu, et compris du très haut niveau »
Et pour étayer son propos, l'ancien coureur se réfère à sa propre connaissance du cyclisme et de son expérience du monde professionnel et de ses dérives : « À titre personnel, je ne cache pas mon malaise. Ce que je vois dépasse largement ce que j’ai connu, vécu, et compris du très haut niveau. Et pourtant Dieu sait que j’ai été aux premières loges à l’époque de mon frère, puis quand je suis passé pro… Je vous le dis, ses performances sont stupéfiantes. Et précisément pour cette raison, elles devraient tous nous interroger. Le vélo a un passé trop sale pour qu’on se contente de s’extasier comme des enfants. Ce sport a menti, triché, dissimulé, détruit des réputations, des corps et des générations entières de coureurs. Alors non, demander si une domination aussi totale est plausible n’a rien de scandaleux. C’est même le minimum. Je n’affirme pas ce que je ne peux pas prouver. Je dis simplement qu’à ce degré de supériorité, de domination écrasante et furieuse. le doute n’est pas du cynisme. C’est une hygiène mentale. Une performance peut être immense. Elle peut aussi être trop parfaite pour être reçue naïvement ».