Bleus les questions qui fachent
La rédaction

A treize jours du coup d'envoi de la Coupe du monde, le 10 Sport ouvre le débat sur les incertitudes entourant les Bleus. Ce "Questions pour des Champions" ne nous emmène pas en finale. Comme souvent, ce sont les joueurs qui auront le dernier mot. (1ère partie)

A-t-on un groupe facile ? OUI

Amoureux de la langue de bois, cachez-vous... OUI ! L'équipe de France a un groupe « facile ». Dans « facile », il n'y a pas de suffisance mais une prise de conscience saine face à l'enjeu. Avec la bande à Blanco, celle de Forlan et les Bafana Bafana, les coéquipiers de Ribéry auront l'opportunité de se faire les dents. En jouant mal, l'Angleterre a disposé du Mexique (3-1). Certes, ce n'était qu'un match amical. L'Uruguay sera dangereuse en attaque, avec Forlan et Suarez (82 buts cette saison à eux deux...), mais sera très friable dans tous les autres compartiments du jeu. Et que dire de l'Afrique du Sud, qui va très probablement réaliser l'exploit d'être le premier pays organisateur à ne pas passer le premier tour. Un cocktail idéal pour filer tout droit vers les huitièmes. Alors pas de blague !

Thierry Henry est-il fini ? OUI

Honnêtement, Titi est sur la fin. Seul rescapé de l’épopée 1998, le Barcelonais n’est que l’ombre de lui-même cette saison. Décevant lors du dernier match des Bleus face à l’Espagne, remplaçant toute la saison au Barça, peu utilisé par Pep Guardiola, il s’apprête à s’envoler pour New-York afin de relever un dernier challenge. Preuve que sa carrière est terminée. Pour un joueur de foot de son envergure, partir jouer aux Etats-Unis, c’est un peu comme choisir une belle maison de retraite. A Big Apple, celle de Titi sera plutôt cossue, à deux pas de Central Park et avec beaucoup de billets verts dans les poches…

Mais Thierry Henry reste l’un des joueurs les plus titrés de la planète et surtout le meilleur buteur de l’histoire avec le maillot bleu. Jusqu’à preuve du contraire, il est toujours présent dans les grands rendez-vous, parfois de façon très controversée, comme contre l’Irlande, mais toujours de façon décisive. Malgré les critiques et les doutes, il aborde donc la dernière grande compétition de sa carrière avec un appétit d’ogre. Il n’est pas usé par sa saison avec Barcelone, il n’est pas blessé, et son expérience des grands rendez-vous peut aider l’équipe à gérer l’adrénaline engendrée par une Coupe du monde. En tant que capitaine, c’est d’ailleurs à lui de montrer l’exemple. En espérant que Raymond Domenech le fasse jouer plus souvent dans l’axe et laisse la place sur l’aile gauche pour Franck Ribéry ou Florent Malouda. Avant de prendre son billet pour l’Amérique, Thierry Henry nous réserve peut-être un joli baroud d’honneur. Ce serait la plus belle des revanches. Le plus beau des adieux.

Est-on parti avec les meilleurs joueurs ? NON

Se priver de Benzema, Nasri, Mexès ou encore Ben Arfa, c'est, eu égard à la qualité purement footballistique de ces garçons, se tirer une balle dans le pied. Ou alors être aveugle. Tous évoluent dans les meilleures écuries européennes et leur talent, malgré leur jeune âge (Mexès, 28 ans, est à part), est unanimement reconnu. Ce sont les pépites du football français. Et pour certains du foot mondial.

La capacité de dribble, de percussion, de vitesse de Ben Arfa reste largement supérieure à celle de Valbuena et Govou. C'est l'un des rares joueurs français à pouvoir débloquer un match sur un exploit individuel. Aimé Jacquet parle d'un « génie ». Alain Perrin assure qu'il a « autant de talent que Messi ou Cristiano Ronaldo ». Et le rôle de joker que devraient endosser les deux sélectionnés semblait taillé sur mesure pour Ben Arfa, bien plus performant en « impact player ». Raymond Domenech a pourtant décidé de se passer des virtuoses français pour la Coupe du monde. A l'image de Samir Nasri, qui la regardera devant sa télé. Sa polyvalence et sa justesse technique n'auraient pas fait de mal à des Bleus en manque cruel d'inspiration et de liant entre la défense et l'attaque. Il ne faut pas non plus être expert pour voir que Karim Benzema est largement plus doué que Gignac et Cissé. La preuve : José Mourinho, le meilleur entraîneur au monde et futur coach du Real Madrid, souhaite le conserver dans l'effectif merengue la saison prochaine. Philippe Mexès, que Claudio Ranieri considère comme « le meilleur défenseur central français », n'a rien à envier à sa concurrence : le clopin-clopant et vieillissant Gallas, le novice Planus, le latéral gauche et roi de la boulette Abidal, et l'intermittent Squillaci. Pourtant, leur absence peut s’expliquer. C'est peut-être un mal pour un bien. Raymond, le grand manitou, a privilégié la vie de groupe, reléguant les ego surdimensionnés au placard. Après l'échec de l'Euro 2008, imputé en grande partie aux conflits générationnels, Domenech a coupé les têtes des perturbateurs. En prenant Planus, Gignac, Cissé, Valbuena, Diaby, Réveillère... il a choisi soit des novices, soit des revanchards. Des joueurs qui connaissent leur chance d'être là et qui ne perturberont pas la vie du groupe. Même s'ils doivent cirer le banc. Seule la compétition dira si Raymond a eu raison.