Bielsa la revanche du fou
La rédaction

Le sélectionneur Chilien a réussi son pari, faire évoluer le jeu de la Roja et les mentalités à son sujet.

Lorsque, le 10 août 2007, Marcelo Bielsa est nommé à la tête de la sélection chilienne, certains du côté de Santiago font la fine bouche, rappelant que les alliés d'hier lors des guerres d'indépendance contre l'Espagne ont multiplié les antagonismes au fil du temps. Entre les deux pays qui partagent 5300 kilomètres de frontières, les motifs de fâcherie n'ont jamais manqué (revendications territoriales en Patagonie, soutien de Pinochet à l'Angleterre lors de la guerre des Malouines). Mais avec l'émergence de véritables démocraties dans ces deux pays, les rapports entre les deux nations sont devenus plus cordiaux. Le temps a fait son œuvre, comme entre la France et l'Allemagne. Alors, quand le président de la Fédération, Harold Mayne-Nicholls, annonce l'arrivée de l'entraîneur argentin, la très grande majorité des observateurs du football chilien applaudit ce choix. En réalité, seul le salaire négocié par l'argentin 1,5 million de dollars par an fait grincer des dents. De l'autre côté de la frontière en revanche, Marcelo Bielsa est l'objet de railleries. Depuis l'élimination de l'Argentine au premier tour de la Coupela Copa America 2004 contre le Brésil, son discours ne passe plus. On s'en prend alors à sa communication désastreuse, à son obsession pour les séances vidéos ou sa rigueur légendaire. El Loco (Le fou) part au Chili ? Bon débarras... du monde 2002 et la défaite en finale de

 L'Argentine fait profil bas

Aujourd'hui, Marcelo Bielsa fait l'unanimité. En Argentine, on fait profil bas, dans la presse comme dans l’opinion publique. Personne n'a oublié le parcours poussif de l'Argentine de Maradona en phase de qualifications que le Chili a bouclé à la seconde place. El Loco peut savourer sa victoire. En deux ans à peine, il a fait de la Roja une valeur sûre du continent, une équipe solide en défense et séduisante en attaque. Une Espagne des antipodes. Bielsa a tenu la promesse qu'il avait faite lors de son intronisation : « Je veux réanimer la sélection chilienne. Je me sens plus à l'aise avec une équipe qui attaque qu'avec une équipe qui défend. A moi de faire passer cette idée auprès des joueurs ». Ce féru de vidéo, nourri au beau jeu des Pays-Bas des Cruyff et Van Basten, a dessiné les contours d’une formation chatoyante, où le mouvement perpétuel de ses joueurs couplé à un pressing de tous les instants déstabilise les adversaires les mieux préparés. L'Espagne peut en témoigner. Celui qu'on surnommait «le Fou » en Argentine est devenu le « Prof » au Chili. Moins intransigeant et plus pragmatique, il a abandonné le 3-4-3 qui avait fait ses preuves lors des phases de qualifications pour un 4-2-1-3 dès l'entame de l'aventure africaine.« Bielsa réalise un travail extraordinaire au Chili. On reconnaît immédiatement sa patte dans cette équipe comme dans celles qu'il a entraîné par le passé » confiait récemment Pep Guardiola. Le mérite de Bielsa est d'autant plus grand qu'à la base, il ne possède pas un réservoir de joueurs aussi important ou talentueux que celui de ses voisins. Ses joueurs évoluent dans le championnat local (Millar, Ponce, Estrada), en Amerique latine, Medel (Argentine) et Beauséjour (Mexique), ou dans des clubs européens de seconde zone (Bravo, le gardien, à la Real Sociedad, Sanchez à l'Udinese, Fernandez au Sporting Portugal, Tello à Besiktas ou encore Jara à West Bromwich Albion). « Avant, on jouait nos qualifs avec la calculette en main. Aujourd'hui, nous sommes fiers de ne dépendre que de nous grâce au travail de Marcelo » conclut l'ancienne gloire Iván Zamorano . Le Chili a fait sa mue, le Brésil est prévenu.

BIELSA THE BEST

Au Chili, il est aujourd’hui considéré comme le meilleur sélectionneur de l’histoire, d’après un sondage effectué par le journal El Mercurio à l’issue des éliminatoires (ledit quotidien lui attribuait 48,4% des suffrages, devant Nelson Acosta, huitième de finaliste à la Coupe du Monde en 1998, et Fernando Riera, troisième en 1962).

 UN STADE A SON NOM

Les socios de Newell’s Old Boy, le club de Rosario où le technicien a débuté sa carrière, décident d’attribuer son nom à l’ancien stade Coloso del Parque.

 BEATIFICATION

Au Chili le site internet « Brûle un cierge », ouvert pour la « béatification » de San Marcelino, a récolte plus de 70.000 signatures.