Ça va peut-être vous paraître présomptueux, mais lorsque je regarde le parcours de Samir Nasri ou d'Hatem Ben Arfa, je me revois à mes débuts. Étais-je aussi doué, je ne peux pas l'affirmer...

J'ai commencé en professionnel à l'âge de 17 ans et j'ai connu ma première sélection en équipe de France à 19 ans. De plus j'évoluais à ce moment-là comme milieu offensif. C'est pour cela que je suis tout particulièrement les jeunes joueurs dont on parle très tôt, pour voir leur évolution et savoir ce qu'ils ressentent, et pourquoi ils tardent parfois à confirmer comme ce fut le cas pour moi. Pourquoi j'ai choisi Nasri et Ben Arfa alors que j'aurai pu parler de Benzema, qui traverse une période difficile, ou de Jérémy Menez, lui aussi surdoué et qui ne joue plus beaucoup à l'AS Roma? Tout simplement parce que Hatem et Samir sont en pleine forme et qu'ils frappent à nouveau aux portes de l'équipe de France. Ben Arfa, un faux-départ comme électrochoc? Trop souvent, on oublie que ces gamins sont au début d 'une carrière prometteuse et qu'à cet âge-là on manque de maturité, on a trop de pression sur les épaules. Peut-être qu'Hatem a même pris la grosse tête à un moment donné, mais que voulez-vous, c'est perturbant à quinze ans d'être convoité par les grands clubs et de commencer très tôt à gagner de l'argent. Il faut aussi tenir compte de l'entourage. Sont-ils bien conseillés? Ce ne sont pas les gens qui vous rabâchent à longueur de journée que vous êtes le meilleur qui vous font avancer. Hatem a été couvé à Lyon comme une perle qui grandit dans sa coquille. Mais si Jean-Michel Aulas l'a laissé filer, même contre un beau pactole, c'est qu'il n'y croyait plus. C'est finalement l'OM qui a misé sur lui, mais eux aussi ont failli désespérer. C'est d'abord le psychologue belge Eric Gerets qui s'y est cassé les dents. Ensuite Didier Deschamps a semblé mettre moins de gants pour un joueur qui prenait plus de place en dehors que sur le terrain. Le Basque est intelligent mais surtout pas fou! Depuis son départ avorté au mercato d'hiver, Hatem est devenu le joyau auquel on croit. il est régulier dans ses performances, plus collectif et il marque. C'est peut-être ce faux départ qui agit comme un électrochoc. Didier Deschamps n'a pas tardé à en faire un titulaire. Nasri doit devenir décisif Pour Samir, les choses me semblent différentes, car il est difficile de lui reprocher des problèmes comportementaux. J'ai le sentiment que c'est juste une question de temps, il lui faut être plus régulier, devenir décisif car c'est un passeur et un buteur. Pour cela, il faut aussi qu'il se blesse moins. Son fantastique but mardi contre Porto démontre qu'il a du génie, que sa technique des deux pieds et sa vista font des ravages. Arsène Wenger l'a dit, Samir est en train de franchir un cap. Ça veut aussi dire que pour l'instant, il était en période logique d'apprentissage et de maturation. A cet âge-là, il y a des moments charnières, des déclics. Peut-être que Samir et Hatem se souviendront du début de l'année 2010, qui leur a fait comprendre beaucoup de choses. C'est bien pour l'équipe de France qui a besoin de ces jeunes joueurs créatifs et décisifs. Mais pas dans un futur proche, maintenant!