Il n’a pas encore 27 ans et commence tout juste à réaliser son rêve ultime, celui de pouvoir se produire à la WWE. Elio LeFleur, connu en France sous le surnom d’Aigle Blanc, vit ses premiers mois aux États-Unis et vient de faire ses débuts chez NXT, la pouponnière de la puissante compagnie de catch. Pour le10sport.com, la pépite tricolore s’est prononcée en exclusivité sur ce changement majeur dans sa vie.
C’est l’histoire d’un gamin de la région parisienne qui est en train de réaliser son rêve américain, celui de catcher à la WWE, l'organisation reine de ce spectacle sportif scénarisé. Après s’être imposé comme le visage de la scène indépendante hexagonale, avec des expériences aux quatre coins de l’Europe mais aussi au Japon ou au Mexique, Elio LeFleur, qui s’est révélé sous le surnom d’Aigle Blanc, connaît une ascension fulgurante à bientôt 27 ans. Depuis la fin du mois d’octobre, et l’officialisation de sa signature par la WWE sous son vrai nom, la vie de Cyril Coquerelle a basculé comme il a eu l’occasion de l’expliquer en exclusivité pour le10sport.com.
« Ça va très, très vite. Ça se passe bien. On s'entraîne beaucoup, on est arrivé début octobre et depuis, ça ne s'arrête plus. On s'entraîne toutes les semaines. On a commencé les shows télévisés et non-télévisés à partir de novembre à peu près ». Est venue ensuite une courte pause à l’occasion de Noël avant un grand basculement pour Elio LeFleur, présenté à la télévision lors d’un clip pré-enregistré. « Il y a eu deux semaines de break à Noël et le dimanche, on me dit que lundi, on filme une vidéo et que mardi ça sera à télé, et c'est parti, nous a raconté la pépite tricolore. Depuis ça, ça ne s'arrête plus. Ça sort un peu de nulle part parce que je n'étais pas du tout préparé à ça, mais depuis janvier, on ne s'arrête plus. »
« La communauté française est une force pour moi »
Et il y a de quoi, puisque ce clip d’une trentaine de secondes enregistré à la dernière minute et diffusé durant NXT, le show de développement de la WWE à retrouver chaque mardi soir sur Netflix (dès 2h du matin en France), a connu un succès fulgurant sur les réseaux sociaux, avec 1,4 million de vues et 15.000 likes sur X en 24 heures, soit l’une des vidéos les plus populaires sur le compte de la WWE en ces premiers jours de 2026. « Quand les personnes à NXT ont vu les stats, ils se sont dits que la France était boostée », révèle le catcheur masqué, évoquant « un truc de fou », sans manquer de remercier les fans tricolores pour leur soutien : « C’est grâce à la communauté qu’on a en France, ça va vraiment être une force pour moi, je pense que ça va vraiment m’aider dans ma carrière ».
C’est aussi en partie grâce à l’engouement populaire que l’ancien Aigle Blanc a attiré l’attention de la WWE. « Le premier contact que j'ai eu avec eux, c'est après Backlash », nous explique-t-il, évoquant ici le premier Premium Live Event (ex pay-per-view) organisé par la structure dans l'Hexagone, le 4 mai 2024 à la LDLC Arena de Lyon-Décines au cours duquel il fut « extra ». Autrement dit, figurant, la WWE ayant l’habitude de faire appel à des talents locaux pour les utiliser dans leurs shows en tant que faux membres du personnel par exemple si l’histoire présentée au public en a besoin. C’est justement le cas ce soir-là, Elio LeFleur apparaissant discrètement comme un agent de sécurité, attaqué par l’une des stars présentes durant le show. « J'ai pris un stunner de Kevin Owens ce jour-là, et les réseaux s'étaient un peu emballés en mode ‘ça serait bien que vous signiez un Français’ et ainsi de suite. Et il y avait Pete Dunne (catcheur à la WWE) à cette époque qui avait fait un tweet sur moi, pour dire ‘je le connais, qualité française, c'est un bon coup’. C'est à ce moment-là que j'ai envoyé ça aux gars des extras, juste pour leur montrer, ‘regardez, il y a des catcheurs de chez vous qui parlent de moi’. Et c'est là que j'ai commencé à être en contact avec eux. »
Après un premier essai « un peu privé » peu de temps après, se concluant sur un « on reste en contact, mais pas pour l’instant », le gaillard est finalement retenu quelque temps plus tard. « J’ai été signé après, aux essais à Londres en mars 2025 ». Et pas question de négocier quoi que ce soit pour LeFleur : « Il n’y a pas eu de négociations ! C’est ‘on veut te signer’, ‘oui’. Ça a toujours été mon rêve d’être ici, donc il n’y a eu aucun doute là-dessus. » Surtout que la WWE ne l'a pas poussé à faire des concessions, comme se démasquer, scénario imaginé dans un premier temps par les fidèles du studio Jenny, la petite salle de Nanterre où Aigle Blanc avait l’habitude de catcher pour la structure APC. « Ça n’a pas vraiment été un débat, on m'a toujours dit qu'ils voulaient que je garde le masque », révèle celui qui couvre son visage depuis une dizaine d’années. Son nouveau nom, Elio LeFleur, a également été trouvé rapidement, sur proposition du principal concerné.
« C’est un quotidien assez chargé »
Depuis, il a donc eu l’occasion de monter sur le ring de la WWE avec son masque, débutant par un match de championnat, rien que ça, contre le champion nord-américain Ethan Page le 20 janvier dernier. La semaine dernière, celui qui a grandi dans la capitale a vaincu Charlie Dempsey, présent au sein de la compagnie depuis 2021. « Toutes les semaines, soit il y a un match à la télé, soit il y a des petites promos. Donc, je suis très content du parcours », savoure Elio LeFleur, toujours en pleine phase d’adaptation après quatre mois aux États-Unis.
D’abord sur le ring, lors de ses apparitions à NXT. « Ici, on travaille quand même plus pour les caméras parce que ça reste un show TV, note-t-il lorsqu’on lui demande ce qui a vraiment changé pour lui, malgré ses multiples expériences passées à l’étranger. Le but, c’est quand même de travailler davantage pour les caméras que pour le public qui est sur place, même s’il est très important, on va être plus centré sur ce qui va être diffusé parce que c'est là qu’il y a le plus de vues. » Mais qu’il apparaisse en tant qu’Aigle Blanc ou Elio LeFleur, ses fans ne verront pas la différence concernant son style : « J'ai toujours essayé de rester le même. Je n’ai pas voulu changer qui j'étais parce que j’étais ailleurs. Je suis assez content d'avoir gardé mon même in-ring et les mêmes mouvements, car je n'avais pas envie de changer qui j'étais. Si j'ai été signé, c’est parce que j'ai catché comme ça, je veux continuer à catcher comme ça. C'est un truc que j'ai toujours voulu faire. Donc je pense que la différence, c’est surtout le produit en lui-même, mais mon catch n'a pas spécialement changé. »
Le Français doit également s’adapter au rythme de vie imposé du côté du Performance Center, le centre d’entraînement de la WWE. « C’est beaucoup de travail. On a différents cours, un peu comme si on était à l’école, détaille-t-il depuis la Floride. Tous les jours, on a de la musculation, on a des coachs spécialisés qui nous aident pour les entraînements, plus de la nutrition. On a entraînement catch tous les jours avec différents coachs. Des cours de promo, plus des cours d’acting, plus des extras ou des fois ce sont juste des entraînements en plus. Donc c'est un quotidien assez chargé. Mais on ne va pas se plaindre parce que c'est ce qu'on a toujours voulu faire. Donc c'est dur, mais c'est dur avec plaisir. »

« Quand tu viens ici, tu quittes ta famille, tes amis, tout le monde, et tu démarres une nouvelle vie, ce n’est pas facile »
Une nouvelle aventure qu’il partage avec d’autres recrues arrivées en même temps que lui, à l’instar de l’Espagnol Mike Garcia, dit Zozaya, ou du Belge Mike Derudder qu’il a pu côtoyer ces dernières années. « On est un petit groupe, on est arrivés tous ensemble et on est un peu dans le même bateau, image-t-il. Quand tu viens ici, tu quittes ta famille, tes amis, tout le monde, et tu démarres une nouvelle vie, ce n’est pas facile au début, tu es tout seul, c’est un gros changement. Savoir qu'il y a d'autres personnes qui sont dans la même situation que toi, ça aide un peu et ça permet de discuter aussi de l’évolution. Mais le fait de se dire que je ne suis pas tout seul dans cette situation, ça fait du bien. »
Elio LeFleur est au début de son histoire, mais le voltigeur se voit déjà loin. Évoquant avec fierté l’une de ses dernières apparitions sur un ring français le 30 août dernier à l’occasion du show ‘French Touch’, qui avait réuni plus d’un millier de spectateurs à Gennevilliers, ce qui l'amène à penser « qu'on a passé un cap dans le catch indépendant » et qu’il pouvait plier bagage en paix, Elio LeFleur s’imagine déjà se produire devant plusieurs dizaines de milliers de personnes venues du monde entier pour WrestleMania, considéré comme le Super Bowl de ce divertissement sportif. « Ça reste le rêve de chaque personne qui a commencé le catch », conclut celui qui espère suivre les traces du légendaire André Le Géant, le seul Français à avoir été sacré champion du monde à la WWE. Avant cela, de nombreuses étapes l'attendent, ce qui ne lui fait pas peur.