Dans deux jours, Tadej Pogacar prendra à nouveau le départ de Milan San Remo dans l'espoir d'y lever les bras pour la première fois, la Primavera étant l'une des rares courses à encore lui résister. Si l'on en croit les indices laissés en chemin par le coureur et son équipe, l'idée serait de rester sur la même stratégie que les années précédentes, même si elle n'a pas été gagnante jusque là. Mais faut-il justement croire à ces indices ?

Dans deux jours, Tadej Pogacar va de nouveau partir à la conquête de Milan San Remo, qu'il rêve de gagner depuis plusieurs années sans y parvenir, notamment du fait de la présence de Mathieu Van der Poel, plus rapide que lui au sprint et qu'il ne parvient pas à sortir de sa roue dans le Poggio. Cette année encore, le champion slovène semble parti pour adopter la même stratégie, à savoir faire mener la montée de la Cipressa à fond par son équipe, pour essorer tout le monde et entamer Van der Poel, dans l'espoir ensuite le décrocher dans le Poggio.
« Ce n’est pas un secret : le point où c’est possible de faire la différence, c’est soit la Cipressa, soit le Poggio »
Depuis plusieurs jours, l'équipe UAE Team Emirates laisse ainsi filtrer l'impression que c'est de nouveau cette stratégie qui sera adoptée. Pogacar a par exemple communiqué sur Strava qu'il avait récemment battu durant une sortie d'entraînement son record d'ascension de la Cipressa, qui datait du Milan San Remo de l'an dernier. Ces dernières heures, interrogé par cyclismactu.net, Mauro Gianetti, le manager général de l'équipe UAE, tendait à confirmer que le plan serait le même : « Quelle tactique pour gagner Milan San Remo ? Déjà, il faudrait être plus fort que les autres. Tadej est bien motivé, il a fait une course cette année, les Strade Bianche, il a bien travaillé. Comme d’habitude, c’est un professionnel sérieux. La vérité, c’est qu’il s’est souvent entraîné cette année sur le parcours de Milan-San Remo pour étudier le parcours, même s’il le connaît par cœur, mais aussi pour se motiver sur ces routes. Tactiquement, c’est quand même assez compliqué, parce qu’il faudra qu’il soit capable de gérer les situations et de profiter des opportunités. Ce n’est pas un secret : le point où c’est possible de faire la différence, c’est soit la Cipressa, soit le Poggio. Ce n’est pas facile ailleurs. Tout le monde va être sur lui, mais tout le monde ne pourra pas oublier Van der Poel ou Ganna, qui sont aussi prêts pour cette course. Il faudra avoir une équipe à ses côtés, mais ça aussi c’est compliqué, parce que rentrer à la Cipressa devant avec plusieurs coéquipiers, c’est difficile. Tout le monde a le même but, pas que nous. Les places devant ne sont pas nombreuses, donc la vraie clé, c’est l’entrée de la Cipressa ».
L'insistance de l'équipe UAE à évoquer cette tactique ouvre quelques questions...
Au sein de l'équipe UAE, on affirme donc rester dans l'idée de lancer l'offensive à partir de la Cipressa, en cherchant à imposer sa force à tout le monde. Mais avec une telle insistance que cela ouvre certaines interrogations, surtout que dans le passé, Pogacar et son équipe nous ont habitués à manier l'intox avec une grande maîtrise, que ce soit par rapport à une stratégie de course ou l'été dernier en troisième semaine du Tour de France pour masquer un gros coup de moins bien du maillot jaune. Pogacar pourrait-il donc réserver une grosse surprise samedi prochain ? Cela n'apparaît pas impossible, surtout si l'on se remémore les mots tenus par l'ancien coureur italien Vincenzo Nibali au début de l'année, qui prônait une autre approche tactique pour Pogacar : « Toutes les courses que Tadej Pogacar gagne, il les gagne grâce à la force. Il attaque parce qu'il est le plus fort. Mais qui gagne grâce à la ruse et la tactique ? Van der Poel. Peut-être est-ce la limite de Pogacar, si vous pouvez réellement appeler ça une limite : il pense qu'il peut tout aborder à partir de la force. Regardez sur Milan San Remo, il essaie de lâcher tout le monde dans la montée, sans réfléchir à la possibilité de gagner autrement, comme moi je l'ai fait, par exemple sur la descente. Quand Pogacar a attaqué dans le Poggio et que Van der Poel l'a gardé devant lui, j'ai immédiatement dit que si Tadej ne faisait pas attention, il allait prendre un contre et se faire déposer. Une seconde plus tard, c'et exactement ce que Van der Poel a fait et il l'a presque lâché pour de bon ».