Alors que beaucoup s'attendaient, compte tenu de son niveau de forme, à ce qu'il résiste à l'offensive de Tadej Pogacar sur la Cipressa et le Poggio, à l'image de l'an dernier, Mathieu Van der Poel s'est au contraire tassé dans le Poggio, laissant filer le Slovène avec Tom Pidcock dans sa roue. Mais cela pourrait tenir à une raison bien précise...

Avant le départ de Milan San Remo, beaucoup d'observateurs pensaient que Mathieu Van der Poel serait en situation de tenir la roue de Pogacar dans le Poggio, à l'image de Johan Bruyneel, l'ancien directeur sportif de Lance Armstrong, qui déclarait ainsi : « J’ose déjà prédire que Van der Poel restera aux côtés de Pogacar à Milan-San Remo. Pogacar ne pourra pas le déloger ».
« La Cipressa est devenue pour Van der Poel non pas neuf ou dix minutes, mais un effort de quatorze ou quinze minutes »
Mais finalement, Mathieu Van der Poel a cédé dans le Poggio, laissant filer Tadej Pogacar et Tom Pidcock dès le pied de l'ascension. Quelques heures après l'arrivée, Tijn Zonneveld, l'ancien coureur devenu consultant, livrait une explication intéressante sur le coup de moins bien du champion hollandais à l'occasion du podcast In The Waaier.
« Avec cette chute, la course est devenue plus difficile, et c'est exactement ce que Pogacar recherchait »
Zonneveld a analysé que la chute intervenue à plus de 30 kilomètres de l'arrivée a de facto placé Pogacar dans une configuration beaucoup plus avantageuse que Van der Poel, obligeant à aborder les montées de la Cipressa et du Poggio après un effort déjà prolongé, et plus intense encore pour le Hollandais, qui n'a pas pu bénéficier du même soutien de son équipe pour retrouver la tête que Pogacar. Zonneveld a ainsi lancé, dans des propos rapportés par cyclinguptodate.com : « Cette chute, c'est le pire qui pouvait arriver à ce moment-là. Van der Poel est ramené par Philipsen 500 mètres avant la Cipressa, mais il doit ensuite se replacer seul en tête. De ce fait, la Cipressa est devenue pour Van der Poel non pas neuf ou dix minutes, mais un effort de quatorze ou quinze minutes. On voit bien ensuite que Pogacar attaque tellement fort dans la descente de la Cipressa que Van der Poel n'est jamais à l'aise dans sa roue. Pogacar a voulu prolonger l'effort au maximum, sans aucun moment de répit. Avec cette chute, sa course est devenue plus difficile, mais celle de Van der Poel l'est devenue aussi, et c'est exactement ce que Pogacar recherchait ». Autant d'éléments qui selon Zonneveld expliquent le trou d'air de Mathieu Van der Poel dans le Poggio. Ce qui, au final, permet d'imaginer qu'avec une autre configuration de course, il aurait sans doute été en mesure de résister.