«Je ne devais plus embêter les Bleus...» : Vingt-huit ans plus tard, des révélations tombent sur les contrôles antidopage de l’équipe de France avant la Coupe du monde 1998
Bernard Colas -
Journaliste
Passionné de sport, de cinéma et de télévision (à l’écran comme derrière) depuis son enfance, Bernard est journaliste pour le 10 Sport depuis 2018. Plus habile clavier en main que ballon au pied, il décide de couvrir principalement un sport adulé, critiqué et détesté à la fois (le football) et un sport qui n’en est pas un (le catch).

Après la polémique liée à un contrôle inopiné des joueurs de l’équipe de France lors d'un stage à Tignes en 1997, soit un an avant le début de la Coupe du monde, Zinédine Zidane et ses coéquipiers de l’époque ont bien échappé à d’autres contrôles de la sorte comme l’a confirmé Marie-George Buffet, ancienne ministre des Sports.

Le 12 juillet 1998, Zinédine Zidane, Didier Deschamps et les autres joueurs d’Aimé Jacquet entraient dans l’histoire du football français en remportant la Coupe du monde à domicile après leur victoire face au Brésil (3-0). Dans la foulée, le sélectionneur des Bleus avaient réglé ses comptes avec la presse, et plus particulièrement le journal L'Équipe, en raison de critiques violentes et d'un manque de soutien. Mais à l’époque, Aimé Jacquet et ses joueurs avaient également fustigé les contrôles antidopage inopinés réalisés avant le début de la compétition lors d’un stage à Tignes en 1997, qui s’étaient révélés négatifs. De quoi perturber leur préparation selon eux. Une polémique qui refait surface aujourd’hui, après la nomination de Zinédine Zidane comme sélectionneur des Bleus.

Les Bleus de 1998 exempts de « contrôles inopinés »

Approché par BFMTV dans le cadre d’un documentaire consacré à l’ancien numéro 10, intitulé "Zidane, la fabrique d'une légende", Alain Garnier, l'ancien médecin dépêché à Tignes par le ministère des Sports pour faire passer les contrôles aux joueurs, a révélé que Marie-George Buffet, présente dans le gouvernement Jospin (1997-2002), lui avait bien demandé de ne plus procéder à de tels contrôles après l'épisode de 1997. « Je ne devais plus embêter les Bleus jusqu'à la Coupe du monde, a-t-il fait savoir. En clair, plus de contrôles inopinés. »

Après avoir nié, Marie-George Buffet confirme

Une version confirmée pour la première fois par l’ancienne ministre des Sports. « Si le Dr Garnier le dit, oui, c'est que c'était vrai, a réagi Marie-George Buffet. On ne l'a pas dit comme ça, mais ça revient au même. C'était un recul (de la lutte antidopage). Et après (la Coupe du monde), on a repris le combat (antidopage). On a dû nous faire passer la consigne au niveau des cabinets. » Et plus précisément de Matignon d’après Alain Garnier.

En 2013, elle avait pourtant affirmé le contraire dans une déclaration sous serment devant une commission sénatoriale en 2013. « Nous n'avons jamais donné de directives en sens ! Il faut se replacer dans le contexte de l'époque : en 1998, il n'existait pas ni agence, ni de Conseil national de lutte contre le dopage. Nous n'avions pas à l'époque les outils dont nous disposons aujourd'hui. Nous ne bénéficiions que des seuls contrôleurs du ministère », expliquait Marie-George Buffet, qui n’avait pas oublié les « pressions de toutes sortes » après avoir ordonné les contrôles réalisés à Tignes en 1997. « Tous les médias me tombent dessus de façon très violente : j'empêchais l'équipe de France de se préparer dans de bonnes conditions ! Un déferlement médiatique a alors lieu. Nombre d'émissions de télévision y ont été consacrées et il faut voir la façon dont on a alors parlé de ce contrôle inopiné ! J'avoue avoir flanché dans les heures qui ont suivi, me demandant si je n'avais pas commis une erreur. J'ai eu le sentiment que nous étions complètement isolés et condamnés par l'opinion publique pour avoir perturbé l'équipe de France de football dans sa préparation à la Coupe du monde », s’était-elle souvenue, tout en répétant : « Il n'y a pas eu de directives dans le sens que vous évoquez. Nous travaillions à l'époque avec nos contrôleurs et les contrôleurs internationaux de la Fédération internationale de football association (FIFA). »

Les soupçons de dopage ne sont pas nouveaux

Depuis le sacre des Bleus en 1998, les soupçons de dopage n’ont pas manqué autour de la compétition organisée en France. « La Coupe du monde 1998 a été celle de l'EPO », avait notamment lâché le médecin de la FIFA Michel d'Hooghe, avant de se rétracter.

Dans son livre L'Implosion publiée en 2010, Jean-Pierre Paclet, le médecin de l’équipe de France Espoirs puis des A de 1993 à 2008 avaient également lâché de lourdes accusations. « Des analyses de sang ont révélé des anomalies sur plusieurs Bleus juste avant la Coupe du Monde 1998. On peut avoir de forts soupçons quand on connaît les clubs où certains joueurs évoluaient, notamment ceux du Championnat en Italie », avait-il expliqué. Selon lui, « certains cadres de l'équipe de France qui évoluaient en Italie présentaient un taux d'hématocrite anormal. » Les regards étaient alors tournés vers Zinédine Zidane et Didier Deschamps, présents à l’époque du côté de la Juventus, dont les pratiques ont fait l'objet d'un procès en Italie. « Je ne sais pas ce que j'aurais fait à la place de Jean-Marcel Ferret, le médecin de l'équipe de France de l'époque. Il était face à un cas de conscience », avait-il conclu.

Ferret s’était étonné de ces affirmations auprès du Parisien : « Je tombe des nues. Nous avons fait des dizaines d'analyses poussées. On a cherché de l'EPO et d'autres substances illicites. Nous n'avons rien trouvé. Il n'y a eu que deux légères anomalies au niveau du taux d'hématocrites. Mais elles étaient liées à la fatigue du championnat. »

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