L’Autriche a été secouée par un scandale dans le monde du football féminin, avec le salarié d’un club condamné à sept mois de prison avec sursis et une amende pour voyeurisme. L’homme en question avait installé plusieurs caméras dans les vestiaires et les douches à l’insu des joueuses et l’une des victimes a pris la parole.

Mercredi dernier, un ancien dirigeant du SCR Altach, en Autriche, a été condamné à sept mois de prison avec sursis et une amende pour voyeurisme. Il a filmé l’équipe féminine dans les vestaires pendant plusieurs années, à l'insu des joueuses. Eleni Rittman, joueuse du club lors de l’exercice 2023-2024 et désormais à Evian, a pris la parole auprès de L’Equipe pour évoquer cette affaire.
« Il prenait des vidéos et des photos à travers la serrure de la porte »
« Un homme qui travaillait pour ce club, qui était très proche de l'équipe et assistait à presque tous les entraînements, presque tous les matches, nous a filmées pendant deux ou trois ans dans le vestiaire. Il prenait des vidéos et des photos à travers la serrure de la porte. Personne n'avait imaginé une chose pareille. En fait, il a éveillé les soupçons de la police à cause d'une affaire sur le dark net où il avait été condamné pour avoir regardé des choses obscènes. Ils ont alors saisi son ordinateur portable et y ont trouvé des photos et des vidéos de notre équipe, prises dans les vestiaires et à la salle de sport », a expliqué Eleni Rittman.
« Je pense qu'ils voulaient étouffer l'affaire »
« Pendant longtemps, je n'étais pas au courant. L'information a fuité et le club ne nous l'a pas communiquée immédiatement. Je pense qu'ils voulaient étouffer l'affaire, que cela ne se sache pas. Et quand ils nous l'ont finalement annoncée, c'était par mail. Mais ce mail ne contenait aucune information sur ce qui s'était passé. On savait seulement qu'il s'était passé quelque chose de grave parce qu'ils nous ont dit : "Vous pouvez aussi consulter des psychologues, nous sommes là pour vous. " Du coup, moi qui joue en France désormais, je ne savais rien. J'ai lu ce mail et j'étais sous le choc. J'ai appelé une amie qui joue encore à Altach et elle m'a tout raconté », a ajouté la joueuse âgée de 25 ans. Eleni Rittman regrette une condamnation qu’elle estime comme trop légère. « Il n'est pas en prison. Le tribunal l'a condamné à sept mois de prison, mais pas ferme. Il est libre de ses mouvements, il peut circuler librement. Il doit payer une amende de 1 200 euros et verser 625 euros à chaque victime. Mais c'est tout. Comme si ce n'était rien. »

« Tellement de filles avec qui j'ai joué ont peur de parler »
« Je suis vraiment déçue. Comment est-il possible de s'en tirer impunément ? Comment est-il possible que tant de choses comme ça se produisent dans le football féminin et que personne n'en parle ? », s’est interrogée Eleni Rittman. « Et tout le monde dit aux victimes de se taire car ça nuit à l'image. Je m'en fiche parce que je veux utiliser ma voix pour les femmes et les victimes. Tellement de filles avec qui j'ai joué ont peur de parler. Je ne me sens plus à l'aise dans les vestiaires ni dans les toilettes publiques. Je regarde toujours autour de moi pour voir s'il y a une caméra ou quelque chose du genre… » Avec sa prise de parole, elle espère que les clubs seront « plus protecteurs, qu'ils vérifieront qui ils intègrent au sein de leurs équipes, ou qui ils nomment directeur sportif, entraîneur ou kinésithérapeute. Il y a d'excellents hommes dans le sport féminin, mais il y a aussi beaucoup d'hommes mauvais dans ce milieu. Quant à cet homme, j'espère sincèrement qu'il ne pourra plus jamais travailler dans le sport, féminin, masculin ou même avec des enfants, et qu'il suivra une thérapie. »