Trahison de Longoria, secrets de Frank McCourt, démission de Roberto De Zerbi : Medhi Benatia se lâche sur son départ de l'OM et fait d'importantes révélations
Arthur Montagne -
Journaliste
Affamé de sport, il a grandi au son des moteurs de Formule 1 et des exploits de Ronaldinho. Aujourd’hui, diplomé d'un Master de journalisme de sport, il ne rate plus un Grand Prix de F1 ni un match du PSG, ses deux passions et spécialités

En début d'année, l'OM a piqué sa crise qui a provoqué la démission de Roberto De Zerbi et le départ de Pablo Longoria. Au milieu du chaos, Medhi Benatia avait également posé sa démission, mais Frank McCourt l'a refusé, lui demandant de rester jusqu'à la fin de la saison. Désormais loin de Marseille, l'ancien directeur du football du club phocéen lâche ses vérités et balance quelques secrets.

L'OM pensait avoir trouvé le fonctionnement parfait avec Pablo Longoria (président), Medhi Benatia (directeur du football) et Roberto De Zerbi (entraîneur). Néanmoins, tout a volé en éclat en début d'année. Entre la défaite lors du Trophée des champions, l'élimination en Ligue des champions après l'humiliation contre Bruges (0-3) ou encore la déroute contre le PSG en Ligue 1 (0-5), l'OM a piqué sa crise au mois de janvier avec la démission de Roberto De Zerbi à la clé. Dans la foulée, Pablo Longoria avait également été démis de ses fonctions tandis que Medhi Benatia avait lui aussi posé sa démission. Mais dans ce chaos total, Frank McCourt a demandé une faveur à son directeur du football, à savoir rester en place jusqu'à la fin de saison. Ce que Benatia a accepté.

Benatia défend son bilan et balance sur les demandes de McCourt

Ce samedi, dans une très longue interview accordée à France Football, l'ancien défenseur central du Bayern Munich a d'ailleurs décidé de mettre les choses au clair concernant les différents évènements survenus à l'OM. Tout en défendant son bilan, notamment en matière de mercato. « Les 35 mouvements par mercato, ça existait avant mon arrivée. Donc c'est facile. Les soucis financiers, je les ai découverts en janvier, au Koweït. Avant le Trophée des champions (face au PSG, 2-2, 1-4 aux t.a.b.), réunion avec Pablo (Longoria)... (il se reprend), avec l'ancien président, et Frank (McCourt) », explique Medhi Benatia qui assure que jusque-là, il n'avait pas été mis au courant de la situation économique catastrophique dans laquelle se trouvait l'OM. « Là, je comprends qu'il faut vendre. On est alors sur le podium, on ambitionne d'aller plus haut, donc je dis : "OK, mais on va pouvoir se renforcer ?" Petit froid et, pour la première fois, Frank monte dans les tours : "Mais tu ne vois pas la situation ?" Moi : "On a ramené gratuit CJ Egan-Riley, Aubameyang, Angel Gomes ; Medina et Traoré, en prêts avec option ; Merlin, Rongier, Luis Henrique vendus. Boss, pourquoi vous nous parlez comme ça ? Par rapport à ce qu'on s'est dit à Miami (en fin de saison 2024-2025), on est dans les clous. Qu'est-ce qui a changé ?" Lui comprend que je ne suis pas au courant, et moi je comprends qu'avec De Zerbi on n'est au courant de rien », révèle-t-il assurant ainsi que Frank McCourt et Pablo Longoria avaient leurs petits secrets.

«Les êtres humains peuvent mentir, pas les chiffres»

Très remonté d'avoir été tenu à l'écart de ses discussions, Medhi Benatia s'exécute pendant le mercato d'hiver, mais n'en pense pas moins : « Faut vendre pour 30M€, donc je cède Robinio Vaz (AS Rome) et Bakola (Sassuolo), qui ne voulaient pas prolonger, je fais des prêts pour alléger la masse salariale. Mais j'en veux à la terre entière. J'étais soumis au board, au conseil d'administration autour de Frank, en dessous le président, le seul interlocuteur jusqu'en janvier avec McCourt. Au Koweït, j'ai compris qu'il y avait des choses qui ne tournaient pas rond. Après, j'ai fait un mail comme ça ».

D'ailleurs, Medhi Benatia a tenu à répondre aux critiques concernant son bilan, assurant que sur le mercato, il était quasiment à l'équilibre, ce qui n'était pas évident compte tenu de l'absence de droits TV. « En deux ans et demi, voilà la balance de mes transferts. Les êtres humains peuvent mentir, pas les chiffres. On a vendu pour 259M€, on a acheté pour 275. Quand j'arrive (en novembre 2023), l'OM est encadré par la DNCG. Qui est le responsable ? Je n'étais pas là. Et à cette période, ils avaient le CVC, les aides Covid, les droits télé. Donc tu ajoutes 100M€ dans les caisses. Depuis des années, l'OM a la deuxième masse salariale de L1 après le PSG. Et ça fait quatorze ans que l'OM ne se qualifie pas deux années de suite en C1. Malgré les salaires, les transferts, les coaches... Ils sont tous mauvais, les mecs, pas de problème. Aujourd'hui, tu as le même train de vie mais avec 100M€ de moins (qu'à mon arrivée) », ajoute-t-il,

La difficile gestion du départ de Zerbi

Mais le moment très chaud de la saison de l'OM concerne évidemment la démission de Roberto De Zerbi. Medhi Benatia, qui était très proche du coach italien, dévoile d'ailleurs les coulisses de ce coup de tonnerre : « Le départ de Roberto a fait beaucoup de mal. On me dit : "On lui en veut, on y a cru et il nous a lâchés." Non ! Ce n'est pas quelqu'un qui lâche, il se bat. Quand on reçoit Nantes (0-2), il finit sa causerie, il transpire, il a les yeux rouges, il est dans un état second. Même moi en costume j'ai envie de jouer. Sur le terrain, ce que tu vois ne va pas avec son discours : pas une course vers l'avant, pas un duel gagné... »

Finalement, le moment où il a compris qu'il y avait un problème était à la suite de la déroute à Bruges : « Après Bruges, il n'est même pas révolté, je me dis que c'est fini. Il est meurtri. On va à Clairefontaine au vert (en janvier), je parle avec Kondo (gbia), Höjbjerg, Balerdi, Auba (meyang)."On ne peut pas foutre la saison par terre. Le coach est mon ami mais si vous avez un problème avec lui, dites-le, je trouve une solution. Si c'est avec moi, je m'en vais. Si c'est autre chose, je suis là. Mais dites-moi pourquoi vous choisissez vos matches !" "On n'a pas de problème, on ne comprend pas nous non plus, c'est dur." Ils sont partis voir le coach : "Reste, on a besoin de toi." Moi, je lui dis : "Je te comprends, je suis abattu moi aussi. On n'arrive pas à leur donner ce qu'on a à l'intérieur, ce feu. Tu veux faire quoi ?" Il a envie de se battre, on continue ».

Mais l'élément déclencheur a été la débâcle subie au Parc des Princes contre le PSG (0-5). « Paris nous en met 5 (8 février), si t'en prends 9, y a rien à dire. Quand c'était la tempête, on n'a pas su préserver le coach. S'il avait tenu, la fin aurait été différente. Quand il veut partir, je le comprends et lui dis : "Je suis dégoûté, mais tu as raison." En début de saison, après Lyon (0-1, 31 août 2025), il était furieux et voulait déjà partir. Je lui avais dit : "Calme, on va y arriver." Le lendemain, on fait Aguerd, Emerson, Pavard, et il est content. Mais à la fin, moi-même j'étais à bout. Et quand je parlais aux joueurs, "non, on l'adore le coach". "Comment ça, tu l'adores ? Tu ne l'écoutes pas !" Donc après Paris, je lui ai dit : "Tu peux partir. C'est notre échec, je pars avec toi." », conclut Medhi Benatia.

« Je me suis senti trahi»

Face à cette situation, Medhi Benatia estime également qu'il est temps de partir. Une décision prise dans la foulée du départ de Roberto De Zerbi, et non pas en début d'année après avoir appris l'état des finances de l'OM. Bien qu'il se soit senti trahi, il n'envisageait alors pas un départ : « La réunion au Koweït avait été un point de rupture. Mais je n'avais pas décidé de partir. J'étais très agacé : "Je me bagarre et je découvre les finances." Je me suis senti trahi. Je me sens trahi en raison de la situation. Quand les versions diffèrent, j'adore faire un tour de table. Personne ne peut mentir ou s'échapper. Moi, la différence, c'est que, quand j'ai quitté Marseille, j'ai demandé zéro, pas signé de truc de confidentialité. Pas besoin d'acheter mon silence. Ce que j'ai à dire coûte trop cher, ça n'a pas de prix la vérité ».

Finalement, comme Roberto De Zerbi, il réclamera son départ après la défaite contre le PSG, mais acceptera la demande de Frank McCourt de rester jusqu'à la fin de la saion : « Je pose ma démission parce que j'ai failli (il l'annoncera publiquement le 15 février sur les réseaux sociaux). L'entraîneur a décidé de partir parce qu'il ne trouve pas la formule pour que l'équipe joue deux matches d'affilée avec la même intensité. Directeur du foot, je suis responsable aussi de ça. Je demande zéro, juste à partir. On se voit à Paris (avec McCourt)."Medhi, qu'est-ce que je peux faire pour que tu restes ?" "Rien, je ne veux plus continuer, je n'ai plus de force" "On va changer ça, ça, ça, mais j'ai besoin que tu restes. Tu sais ce que j'ai fait pour ce club, comme ce projet est important pour moi, s'il te plaît, fais un effort." Je réfléchis, il est tard. Il me dit : "Demain matin, on prend l'avion, on parle aux joueurs, aux supporters, on avance avec un entraîneur, mais j'ai besoin de toi pour finir. " "OK mais vous me signez les papiers pour que je parte à la fin de la saison." Il me dit : "Promis." » Le propriétaire de l'OM a d'ailleurs tenu sa promesse en acceptant la démission de Medhi Benatia une fois la saison terminée. Néanmoins, avec du recul, il avoue qu'il aurait insisté pour ne pas aller jusqu'au terme de la saison : « Quand j'ai posé ma démission après Paris, je ne serais pas revenu. Je serais parti en même temps que le coach ».

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