«Tu étais ingérable» : Raymond Domenech a tout balancé dans la presse sur un célèbre champion du Monde 98
Bernard Colas -
Journaliste
Passionné de sport, de cinéma et de télévision (à l’écran comme derrière) depuis son enfance, Bernard est journaliste pour le 10 Sport depuis 2018. Plus habile clavier en main que ballon au pied, il décide de couvrir principalement un sport adulé, critiqué et détesté à la fois (le football) et un sport qui n’en est pas un (le catch).

Présent à la tête de l’équipe de France entre 2004 et 2010, Raymond Domenech officiait auparavant chez les Espoirs, où il a notamment dirigé Christophe Dugarry. Et entre les deux hommes, le ton est depuis monté comme on a pu le constater ces dernières années…

Personnalité à part du football français, Raymond Domenech s’est mis à dos bon nombre de joueurs ou d’observateurs durant ses années à la tête des Bleus (2004-2010). Le Lyonnais, désormais consultant sur la Chaîne L’Équipe, a notamment eu des échanges musclés avec Christophe Dugarry, lui aussi connu pour ne pas avoir la langue dans sa poche. En 2014, dans une lettre ouverte publiée par le Huffington Post, l’ancien sélectionneur avait réglé ses comptes avec le champion du monde 1998, officiant à l’époque sur Canal +.

« Oui déjà, jeune tu étais ingérable »

« Qu'il est loin, l'heureux temps où tu me disais d'un air candide : "coach, est-ce qu'il faut applaudir à la mi-temps" alors que nous arrivions à l'entracte d'une pièce de théâtre ? L'heureux temps où avec les Espoirs, j'avais décelé en toi un vrai talent d'acteur lors d'une caméra cachée pour l'émission Téléfoot, avait commencé Raymond Domenech, qui avait dirigé Christophe Dugarry en jeunes entre 1993 et 1994. Je veux d'abord te rassurer, ton talent d'acteur demeure. Mieux, il se confirme à chaque émission où tu apparais. Je ne peux pas croire que tu sois aussi emporté, hargneux, colérique que ce que tu montres. Non, je crois que dans le rôle du méchant donneur de leçons, tu es devenu un virtuose. Je dois t'avouer qu'il est une de tes phrases que je prends beaucoup de plaisir à t'entendre prononcer, au point que je crois qu'elle est ta phrase favorite : "s'il n'y connaît rien qu'il se taise". J'ose à peine te dire qu'en matière d'éducation ton passé plaide pour toi. Non je n'ai jamais eu à te gérer quand j'étais ton sélectionneur. Tu étais en avance sur ton temps. Oui déjà, jeune tu étais ingérable. »

« J'aime le football et ses acteurs, moins ses commentateurs »

Raymond Domenech avait renvoyé Christophe Dugarry à sa propre carrière pour se défendre après avoir qualifié Layvin Kurzawa de « débile » dans la foulée de sa célébration controversée lors du barrage de qualifications pour l'Euro 2015 perdu par les Espoirs tricolores contre la Suède. « Selon tes critères, je n'aurais pas le droit de dire qu'un jeune joueur plein de talent et d'avenir (Layvin Kurzawa) a dérapé sous prétexte que j'aurais moi-même médiatiquement dérapé, ajoutait l’ancien compagnon d’Estelle Denis. Parlons donc un peu de toi, si tu veux bien. N'as-tu pas été expulsé quelques fois pour des actes de violence sur un terrain? Je te donne une piste : sous ma direction lors d'un France-Suède en Espoirs déjà. Est-ce le souvenir de ce grand moment de ta carrière qui ravive ton aigreur à mon égard, je n'ose le croire. »

« J'aime le football et ses acteurs, moins ses commentateurs c'est vrai », avait ensuite admis Raymond Domenech, accusant son ancien joueur d’avoir une « animosité récurrente » à son égard. Et de conclure : « Eh bien, cher Christophe je vais, malgré ton opprobre, continuer à donner mon avis sur un monde que j'ai côtoyé au moins autant que toi. J'ai été comme toi joueur puis plus que toi : entraîneur. Dois-je l'évoquer, sélectionneur des espoirs et des A. Ne t'en déplaise, je l'ai été. Sur le terrain et pas sur un plateau de télévision. »

Durant le mandat de Raymond Domenech, son ancien joueur n’avait pas hésité à critiquer durement son travail en sélection. « Entre ses one-man show, ses conflits, ses provocations, on a l'impression que son image est plus importante que celle de l'équipe de France », lâchait Dugarry en 2008, dans un entretien accordé à L’Équipe, ajoutant : « sa principale préoccupation c'est lui-même, au point qu'immédiatement après France Italie et l'élimination, il a demandé sa compagne (Estelle Denis, ndlr) en mariage ».

« On sait que t’es l’ami de Zizou »

Quelques années plus tard, les deux hommes s’étaient de nouveau fait remarquer après la finale de la Coupe du monde 2022 perdue par la France contre l’Argentine. Invité de l'émission L'Equipe de Greg, Christophe Dugarry avait alors appelé à du changement chez les Bleus, militant pour l’arrivée de Zinédine Zidane. « Le problème, Christophe, c’est que toi, je regarde le titre et on met : "Je préférerais que ce soit Zizou". Cela noie le débat, ça met un problème, soulignait Raymond Domenech, présent comme chroniqueur. On sait que t’es l’ami de Zizou et qu’en ce moment, c’est la campagne pour écarter Deschamps et mettre Zizou. Si on met Zizou, ça veut dire qu’on écarte Deschamps, et moi je ne peux pas rentrer dans cette problématique-là. Que tu sois le plus mal placé pour dire ça, je suis d’accord avec toi. »

« Me dire que je milite pour Zizou, comme tu as l’air de la sous-entendre, Zizou n’a pas besoin de moi Raymond. Tu crois quoi ? Que Zizou m’a envoyé en commando pour dire : "Il faut que je sois en équipe de France ?" Il s’en fout Zizou de ça, avait répliqué le champion du monde 1998. Tu crois qu’il n’a pas autre chose à faire ? Ce n’est pas le sujet. C’est vraiment reconnaître qu’on est des calculateurs et des manipulateurs pour faire ça. Je m’en fiche, je m’en fiche ! »

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