Entrée dans le professionnalisme à la fin du siècle dernier, le rugby ne cesse d'évoluer au fil des années, avec des changements majeurs qui ont transformé la face de ce sport. Mais les choses bloquent parfois et c'est notamment le cas en France sur le volet économique, avec des joueurs et des clubs qui tendent à créer de plus en plus de richesses, mais un règlement en place qui les empêche de faire plus.

Les amateurs de rugby s'évertuent à trouver des valeurs et des particularités qui différencient leur sport du football, l'éternel rival. Pourtant, force est de constater que le ballon ovale se rapproche toujours plus de son cousin. L'exemple type est celui des transferts, un système qui n'existait pas du tout il y a quelques années et qui commence à se démocratiser, sans toutefois devenir la norme.
Un règlement strict en Top 14
On a eu quelques exemples récemment, mais la Ligue nationale de rugby n'en est pas vraiment friande, puisqu'elle a mis en place un système qui empêche les clubs de faire vraiment ce qu'ils souhaitent. « Ils sont désormais encadrés depuis celui de Cheslin Kolbe à Toulon (durant l’été 2021, NDLR), à qui il restait du contrat chez nous » a fait remarquer Ugo Mola, coach du Stade Toulousain, dans un entretien accordé à Midi Olympique à seulement quelques jours de la reprise du Top 14. En effet, les clubs sont obligés d'intégrer en partie les revenus tirés de ces transferts dans leur masse salariale, ce qui entre en conflit avec les règles du salary-cap
« Ça revient presque à interdire les transferts en l’occurrence »
Initialement, cette règle a été mise en place pour éviter qu'un club riche ne contourne le salary-cap en allant recruter des joueurs ailleurs, à la place de leur verser un salaire brut direct. Mais du côté du Stade Toulousain, on ne semble pas totalement d'accord. « Ça revient presque à interdire les transferts en l’occurrence. Je ne suis pas contre la règle mais je dis qu’elle doit évoluer avec son temps, son économie, ses mœurs pour répondre à plein de situations » a estimé Mola, prenant l'exemple parlant d'un Thomas Ramos en fin de contrat et qui va partir libre en juin prochain pour rejoindre le Racing 92. « Si je suis entraîneur de foot, Thomas Ramos, il faut le vendre maintenant puisqu’on va rentrer de l’argent, ce qui ne sera pas le cas dans un an ».
« Est-ce que Toulouse refuserait 4, 5 ou 6 millions d’euros pour Antoine Dupont ? »
Et le manager du Stade Toulousain va même plus loin, en évoquant la possible vente d'Antoine Dupont, pour renflouer à un moment les caisses du club. « Si je suis dans le management de l’actif de mon club, alors Antoine Dupont aussi, on doit peut-être chercher à le vendre à un moment » a déclaré Ugo Mola. « On a bien transféré Cheslin Kolbe, non ? Quand je vois que le PSG avait refusé 125 millions d’euros de Liverpool pour Barcola… Est-ce que Toulouse refuserait 4, 5 ou 6 millions d’euros pour Antoine Dupont ? La question ne peut pas se poser puisque les transferts sont interdits, en tout cas plafonnés et encadrés. Donc, ce que le club génère, forme et produit n’est pas une économie puisque Thomas (Ramos) va partir libre à la fin de son contrat. C’est notre réalité ».