Zinédine Zidane a accepté ce projet au cinéma, et ça ne s’est pas déroulé comme il l’avait imaginé : «ils m’ont vendu leur film et puis au final, je suis déçu»
Bernard Colas -
Journaliste
Passionné de sport, de cinéma et de télévision (à l’écran comme derrière) depuis son enfance, Bernard est journaliste pour le 10 Sport depuis 2018. Plus habile clavier en main que ballon au pied, il décide de couvrir principalement un sport adulé, critiqué et détesté à la fois (le football) et un sport qui n’en est pas un (le catch).

Quelques semaines avant la fin de sa carrière de joueur en 2006, Zinédine Zidane a été le sujet d’un film documentaire réalisé par Douglas Gordon et Philippe Parreno, qui avaient capturé chacun de ses mouvements au cours d’un match de Liga avec le Real Madrid. Le résultat a laissé quelques regrets au nouveau sélectionneur des Bleus.

En 2006, Zinédine Zidane a décidé de raccrocher les crampons au terme de la Coupe du monde en Allemagne. Quelques semaines avant son ultime apparition sur un terrain de football, l’ex-meneur de jeu a débarqué dans les salles obscures à l’occasion d’un projet atypique nommé « Zidane, un portrait du XXIe siècle », réalisé par Douglas Gordon et Philippe Parreno. Un film présenté au Festival de Cannes qui suivait en temps réel le Français pendant un match opposant le Real Madrid et Villareal (2-1) le 23 avril 2005 à l’aide de 17 caméras synchronisées et réparties au stade Santiago Bernabeu. Un film hybride qui a divisé les spectateurs.

« Le film avait pour parti pris de le regarder, lui, traverser un match »

« L'idée était de faire un portrait de Zidane pendant les 90 minutes d'un match. Dans une carrière comme la sienne, ou celle de Roger Federer ou de Michael Jordan, par exemple, on ne se souvient souvent que de quelques secondes, avait résumé en 2023 Philippe Parreno, interrogé par Madame Figaro. Le film avait pour parti pris de le regarder, lui, traverser un match. Peu importait le score, le résultat. Il montre cette attention très particulière, cette concentration. »

L’intention première des réalisateurs était « de saisir » la mémoire du corps. « C'est une forme de présence particulière. Une concentration qui relève presque de la méditation, expliquait Philippe Parreno. Zidane se souvient de tout grâce à son corps. Quand il nous est arrivé de marcher sur un terrain, longtemps après un match, il va dans les différents endroits, et se souvient, là le ballon sur le pied gauche, là le contrôle avec le pied droit. Tous les mouvements s'enchaînent. C'est très étonnant. Dans l'exposition à la Philharmonie, les vidéoprojecteurs prennent la place des dix-sept caméras pour offrir au spectateur une perspective du match à 360 degrés. » De quoi permettre au public de présenter une version fidèle du footballeur Zinédine Zidane. « Quand je lui ai montré le film, il m'a dit : "C'est moi, c'est très vrai, ça me va très bien", révéla par la suite Parreno. Un peu à la façon dont le pape Ferdinand ou je ne sais quel modèle a dit à Vélasquez qui avait fait son portrait : "C'est trop vrai". »

« Je suis un peu déçu par ce film »

Pourtant, dix années auparavant, Zinédine Zidane affichait ses réserves sur ce film sans remettre en cause le travail des deux réalisateurs. « Je suis un peu déçu par ce film aussi, mais pas pour les mêmes raisons, confessait-il en 2013 à un journaliste de So Foot qui n’avait pas été convaincu par ce projet. Parreno et Gordon, je les ai vus longtemps pour préparer ce film, ils m’ont « vendu » leur histoire avec le cœur, ça me parlait, la façon dont ils avaient envie de le faire, les caméras, le son, ça me plaisait, et puis, au final, je suis déçu, mais pas par eux, par moi : je n’ai pas donné ce qu’il fallait. Ce match, c’était un match de merde. Après, il y a l’expulsion… De leur point de vue « cinématographique », il se passe quelque chose, un truc dramatique, mais j’aurais quand même aimé qu’il y ait quelque chose qui tienne davantage de l’émotion footballistique, ç’aurait été mieux si ça avait été un beau match de Coupe du monde… »

Zidane avait reconnu au cours de cet entretien avec le mensuel So Foot son déclin au cours de ses deux dernières saisons au Real Madrid : « Quand on ne gagnait rien, c’était dur, physiquement, je n’y étais plus… Quand je rentrais chez moi et que je n’avais pu aider l’équipe à bien jouer, j’étais anéanti et je mettais beaucoup de temps à m’en remettre, ça ne disparaît pas en une heure, déclarait le nouveau sélectionneur de l’équipe de France. Dans ces moments-là, j’ai souffert… Tu as beau voir, si tu n’es plus là physiquement… »

« Pour un gars qui a grandi dans un quartier populaire de Marseille, se retrouver au Guggenheim 30 ans plus tard, c'est presque surréaliste »

Malgré les critiques et les regrets de l’intéressé, « Zidane, un portrait du XXIe siècle » n’a pas été oublié. Présenté à la Philharmonie de Paris en 2023, le long-métrage a été joué cet été au mythique musée Guggenheim de New York. Nat Trotman, le commissaire de l'exposition, voit dans l’œuvre « un aperçu de la psychologie et de l'expérience physique d'un athlète en action. » Zinédine Zidane, quant à lui, ne cachait pas sa fierté auprès du magazine GQ. « Pour un gars qui a grandi dans un quartier populaire de Marseille, se retrouver au Guggenheim 30 ans plus tard, c'est presque surréaliste », savourait-il avant l’été, préférant aujourd’hui plaisanter au sujet de sa prestation décevante gravée sur pellicule : « Si seulement j'avais marqué ce match ! Avec le recul, je n'ai rien fait d'exceptionnel. »

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