«Chirac et l’autre...» : Zinédine Zidane a rapidement regretté son combat politique contre Jean-Marie Le Pen et le FN
Bernard Colas -
Journaliste
Passionné de sport, de cinéma et de télévision (à l’écran comme derrière) depuis son enfance, Bernard est journaliste pour le 10 Sport depuis 2018. Plus habile clavier en main que ballon au pied, il décide de couvrir principalement un sport adulé, critiqué et détesté à la fois (le football) et un sport qui n’en est pas un (le catch).

En 2002, alors que Jean-Marie Le Pen s’était qualifié pour le second tour de l’élection présidentielle, Zinédine Zidane avait pris position contre le patron du Front National. Une sortie qui avait eu des conséquences pour l’ancien meneur de l’équipe de France, regrettant vingt ans plus tard ses propos.

Nommé à la tête de l’équipe de France en lieu et place de Didier Deschamps, Zinédine Zidane suscite un engouement exceptionnel. Depuis le sacre mondial des Bleus en 1998, l’ancien meneur de jeu jouit d’un statut particulier, celui d’idole d’un pays dont la parole est parfois sacrée. Zidane le sait. « Bien communiquer, c’est aussi savoir se taire. Et ça c’est une chose que je sais bien faire », déclarait-il en 2016. Cela ne l’a pas empêché de prendre position sur des sujets forts, comme en 2002, durant l'entre-deux tours de l'élection présidentielle.

Le choc Le Pen du 21 avril 2002

Le 21 avril 2002, une onde de choc avait secoué le pays avec la présence de Jean-Marie Le Pen (16,86 %) au second tour, derrière Jacques Chirac (19,88 %) mais devant Lionel Jospin (16,18 %). Un résultat s’expliquant notamment par le fort taux d’abstention. A l’époque, plusieurs personnalités s’étaient mobilisées contre l'accession au pouvoir du leader du Front National, dont Zinédine Zidane, qui évoluait alors au Real Madrid, évoquant les dangers d’un « parti qui ne correspond pas du tout aux valeurs de la France ».

« C'est sûr que je suis fier d'être Français, mais c'est vrai que l'on ne peut pas être content de ce qui se passe. C'est grave quand on voit qu'il y a 30% d'abstention et qu'à l'arrivée, cela fait un deuxième tour entre Chirac et… l'autre, avait expliqué Zinédine Zidane, né à Marseille de parents originaire de Kabylie (Algérie). Ce n'est pas possible, ce n'est pas jouable. Ce que je veux simplement dire, c'est qu'il faut dire aux gens qu'il faut qu'ils votent, c'est très important. » En 1996, deux ans avant la victoire des Bleus à la Coupe du monde, Jean-Marie Le Pen avait ciblé la sélection tricolore en jugeant « artificiel que l’on fasse venir des joueurs de l’étranger en les baptisant équipe de France. »

Zidane avait remis ça en 2017

En 2017, bis repetita lorsque Zinédine Zidane avait appelé à faire barrage à l’extrême droite en 2017, avant le second tour entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. « Le message, c'est toujours le même, celui de 2002. Je suis loin de toutes ces idées-là, de ce Front national. Donc (il faut) éviter au maximum ça. Les extrêmes, ce n'est jamais bon », avait-il réagi, occupant cette fois-ci la fonction d’entraîneur au Real Madrid.

« Les gens ne s’imaginent pas ce que cela déclenche derrière »

Mais en 2022, Zinédine Zidane s’était souvenu avec quelques regrets de ces prises de position. « La politique ? C’est un métier. J’avais d’ailleurs eu une première et mauvaise expérience par rapport à une position que j’avais prise. Mais les gens ne s’imaginent pas ce que cela déclenche derrière. Tu reçois de ces messages… Mon papa m’a toujours dit quand j’étais jeune : “C’est quoi, toi ? Le foot. Alors parle seulement de foot. Tant que tu veux !” Il me disait toujours d’avoir un avis de citoyen. Mais que je n’avais pas besoin de le faire partager à la terre entière. Mon papa a toujours raison », avait-il confié auprès de L’Équipe.

Il n’est donc pas certain d’imaginer Zizou prendre position pour la présidentielle de 2027, même si son aversion pour les extrêmes ne fait aucun doute. « On ne changera peut-être pas les choses, mais ce que je veux dire, c’est qu’on est dans un beau pays, avec cette mixité, rappelait-il le mois dernier lors de son intronisation comme nouveau sélectionneur des Bleus. J’ai grandi dans un quartier où justement il y avait de la place pour tout le monde. Et ma vie, c’est celle-là, pouvoir échanger avec tout le monde. Nous sommes tous des êtres humains et il faut combattre dans tous les cas le racisme. C’est ce qu’on essaie tous de faire, chacun à sa manière. »

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