Tadej Pogacar a donc laissé la victoire à son premier lieutenant Isaac Del Toro lors de l'arrivée de la deuxième étape, qui s'est tenue en montée et après un final très exigeant. S'il s'agit bien sûr en premier lieu d'un acte de générosité du leader envers celui qui se sacrifiera pour lui par la suite, il existe une deuxième lecture possible, pas moins pertinente...

Alors que l'on s'attendait à une grosse attaque de Tadej Pogacar dans la dernière ascension de la rude ascension de Montjuich, hier dans le final de la deuxième étape autour de Barcelone, le champion du monde slovène est resté étonnamment calme, laissant même d'autres équipes prendre le manche du groupe d'une trentaine de survivants encore en course pour la victoire. Etait-il moins bien qu'on le croyait ? Absolument pas. Pogacar avait en fait pris la décision, après en avoir parlé avec lui, d'essayer de faire gagner son premier lieutenant Isaac Del Toro au sommet de la montée finale.
« Dans les derniers mètres, Tadej a décidé, on ne leur a pas beaucoup parlé, ils ont vu entre eux »
A l'arrivée, tout en contrôle derrière son jeune équipier mexicain, Pogacar est parvenu à ses fins, Del Toro levant les bras juste devant lui. Pour le leader de l'équipe UAE Team Emirates, il s'agissait bien sûr, et avant tout, de mettre en lumière son lieutenant, qui sera amené à se sacrifier pour lui durant les trois semaines du Tour, et de mettre en avant le collectif comme il l'a toujours fait. Andre Hauptman, chez directeur sportif UAE, ne l'a pas caché à l'arrivée dans les colonnes de L'Equipe : « Dans les derniers mètres, Tadej a décidé, on ne leur a pas beaucoup parlé, ils ont vu entre eux. C'est la victoire d'une équipe d'amis. Entre nos coureurs, il y a beaucoup de respect. Quand vous les voyez au bus, lors des dîners, c'est chouette de les voir évoluer comme un grand groupe ».
Son vrai objectif ? Placer Del Toro dans l'équation du maillot jaune
Cependant, il existe probablement un deuxième niveau de lecture dans le geste de Pogacar, probablement tout aussi pertinent. Le champion slovène, dans la lignée de ce qu'il a laissé entendre à plusieurs reprises lors de sa conférence de presse avant Tour, a voulu faire passer le message à ses adversaires que Del Toro était lui aussi très fort, que lui aussi avait la capacité de ramener le maillot jaune à Paris. De la sorte, il crée une double menace pour ses adversaires et rend la stratégie des UAE moins lisible. Si par exemple Del Toro accompagne certaines attaques, les Visma-Lease A Bike de Vingegaard ou les Red Bull-Bora-Hansgrohe de Remco Evenepoel seront désormais obligés d'en tenir compte et de rouler. Ils ne peuvent plus se focaliser uniquement sur Pogacar. En laissant gagner son lieutenant de la sorte hier, c'est aussi ce que visait le Slovène.