Récemment entré dans l'histoire en remportant le Tour de Lombardie, Paul Seixas impressionne, mais cette ascension fulgurante a un prix. Dans un entretien accordé au quotidien L'Équipe, son père Emmanuel Seixas s'est livré sans détour sur l'exigence qui anime son fils au quotidien.

Le samedi 10 octobre 2026, Paul Seixas s'est imposé en solitaire lors de la 120e édition du Tour de Lombardie après une attaque tranchante à 19 km de l'arrivée dans la montée du Civiglio. À l'âge de 20 ans et 16 jours, le coureur de la formation Decathlon CMA CGM est ainsi devenu le plus jeune vainqueur de l'histoire de l'épreuve et le plus jeune lauréat d'un Monument cycliste depuis 1944, devançant à Côme l'Espagnol Enric Mas (Movistar) et l'Italien Giulio Ciccone (Lidl-Trek).
« Il s'autoflagelle » : le cri du cœur d'Emmanuel Seixas
Malgré ce triomphe retentissant, le jeune coureur français refuse le moindre relâchement et ne jure que par les sommets. Son père a ainsi levé le voile sur cette obsession constante de la victoire qui habite le prodige depuis ses débuts au plus haut niveau. « C'était une délivrance car il avait envie de gagner le plus vite possible, il s'était entraîné dur pour y arriver », a confié Emmanuel Seixas dans les colonnes de L'Équipe au sujet de son premier succès professionnel obtenu en février 2026 lors de la deuxième étape du Tour d'Algarve.
En effet, avec déjà huit victoires au compteur sur sa saison 2026 sous les couleurs de Decathlon CMA CGM, parmi lesquelles la Flèche Wallonne et le Tour du Pays basque, le champion ne tolère que la première marche du podium face aux cadors mondiaux. « Il aime gagner, le reste ne compte pas. Et il veut s'imposer contre des adversaires de très haut niveau », a expliqué son père.
La déception des Mondiaux de Montréal
Cette intransigeance absolue a pourtant montré un revers douloureux lors des championnats du monde 2026 disputés à Montréal. Bien qu'il ait décroché une médaille de bronze sur le contre-la-montre, une première pour un coureur tricolore depuis Jérôme Coppel en 2015, Paul Seixas visait uniquement le maillot arc-en-ciel sur la course en ligne. Avant le départ au Canada, il avait d'ailleurs prévenu : « Un autre résultat serait une petite voire une grosse déception ».
Classé 15e en raison de crampes dans le final, il a vécu ce résultat comme un échec personnel, lâchant dans la foulée : « C'est une honte ». Un constat sans concession que son père comprend parfaitement : « Perdre comme aux championnats du monde, cela l'agace vraiment. Même un podium au Canada, il aurait été déçu, cela aurait été horrible pour lui. C'était soit le maillot, soit rien ». Et Emmanuel Seixas d'ajouter : « On l'a vu, il s'autoflagelle, c'est sa façon d'expulser. Mais après, il passe à autre chose. Il préfère perdre pour apprendre ».
Une grosse fatigue sur le Tour de France
Cette pression mentale extrême s'était déjà révélée sur les routes du Tour de France au cours de l'été. Devenu le plus jeune participant de la Grande Boucle depuis 1937, Paul Seixas s'était payé le luxe de se classer 4e du classement général pour sa toute première participation. Mais cette performance historique s'était accompagnée d'une fatigue nerveuse considérable.
Emmanuel Seixas a ainsi décrit les angoisses vécues par son fils au fil des étapes de montagne : « Il a commencé à avoir du stress parce que, parfois, il avait peur d'être poussé par les gens dans les ascensions et de tomber. Cela devenait plus dur mentalement durant la troisième semaine. Les deux ou trois derniers jours, il était lessivé ». Une tension permanente ressentie tout au long de la course.
Une soupape au Roc d'Azur pour préparer 2027
Pour évacuer cette lourde charge après sa victoire en solitaire sur les routes italiennes, Paul Seixas a rapidement cherché à couper. Dès le lendemain, le dimanche 11 octobre 2026, il s'est aligné sur le Roc d'Azur en VTT aux côtés de Bruno Armirail pour décompresser. « Je voulais m'amuser, j'ai suivi au début tant que ce n'était pas très technique (...) J'ai attendu Bruno (Armirail) dans la descente, on a fait le parcours ensemble. C'était sympa, j'en ai profité, j'ai roulé tranquille », a confié le coureur.
Paul Seixas est désormais tourné vers la suite de sa carrière, lui qui est sous contrat avec la formation Decathlon CMA CGM jusqu'en 2027.
