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HOMME DE TELE

Ruiz : « Quand je reçois une critique, j’appelle les gens »

Alexandre Ruiz

Dans ce troisième et dernier volet de l'interview du présentateur phare de beIN SPORT, Alexandre Ruiz se livre sur son métier. Il explique comment il prépare ses commentaires de matchs, qui ont été ses mentors et son rôle sur la nouvelle chaîne de sport.

Voilà quatre mois que beIN SPORT existe, la chaîne est rôdée ?

Pour les abonnés, je pense qu’on a l’impression de voir des émissions qui ont été lancées il y a un bout de temps. Il y a déjà une mécanique, une musique. On a déjà une ligne éditoriale bien ancrée et pourtant on est encore jeune. Ce qui a fait tout ça, c’est qu’on a du être proactifs parce que l’ouverture de la chaîne était prévue pour le début du championnat. Et le portefeuille des droits (TV) grandissant à vitesse grand V avec finalement des droits sur l’Euro tombés deux mois avant le début initial, on a du tout monter à l’arrache dans le sens positif sur le plan technique et dans le système éditorial. On ne se le cache pas, c’était une merveilleuse vitrine pour la chaîne. On a enchaîné avec les Jeux Olympiques et du coup, on était lancés pour avoir un rythme de construction et être opérationnels dès le début de la Ligue 1. Après, bien entendu qu’on a des ajustements. Le 3 octobre, c’était seulement la quatrième journée de Ligue des Champions, c’est pas en quatre soirée qu’on va arriver au régime plein. On a la ligne, on a la mécanique et je crois qu’on a l’ADN et c’est ça le plus important.

C’est quoi justement l’esprit beIN SPORT ?

Je crois que, les différents produits que l’on propose l’annonce clairement . La soirée de Ligue des Champions (Total champions League) représente exactement l’ADN de ce qu’est beIN. C’est à dire, un produit qui offre le meilleur de la Ligue des champions. On le traite avec expertise et précision tout en le faisant avec une très bonne ambiance, de la convivialité et une notion de partage. Quand on reçoit Kolo Touré (Manchester City), qui est un monstre de la scène européenne et que en face de lui, il y a Sony Anderson, Robert Pires et l’ensemble de la rédaction, il y avait un truc, un parfum. On était tous bien. De 19h à 0h on a passé une excellente soirée et on l’a ressenti auprès des abonnés, parce qu’on est connecté maintenant sur les réseaux sociaux et ils ont la possibilité de participer et du coup ils trouvent du goût à ce qu’on fait. Je me suis toujours dit dans mon métier que mon leitmotiv, ma mission première est de décrire parce qu’il y a un endroit où le téléspectateur n’est pas, j’informe sur cette description et je divertis parce que le tout reste du spectacle, de la télévision. Je ne les dissocie pas et je les fais dans cet ordre-là.

Vous cumulez la casquette de présentateur et de commentateur, où va votre préférence ?

Je n'en ai pas vraiment car les deux sont liées au live. Je suis un homme de direct, c'est clair. Quand j'ai commencé, à Jour de Foot, je pouvais parler de n'importe quel match, peu importe le niveau, ça me fascinait. Etre à l'antenne, c'est être comme dans la vie, devant des gens, avec des failures. Après, on t'aime ou on ne t'aime pas. Ce que j'ai l'habitude de faire quand je reçois une critique, j'appelle les gens. Je confronte alors mon point de vue au leur et même s'ils ne sont pas d'accord avec moi, au moins ils font l'effort de mieux me comprendre. Et souvent, ils sont surpris.

Comment préparez-vous un match que vous allez commenter ?

J'ai l'habitude de travailler au jour le jour. Je viens généralement assez tôt à la rédaction pour faire ma revue de presse, notamment dans les journaux espagnols. Ensuite, je bosse à la chaîne : je suis capable de me concentrer sur un sujet et de ne plus en sortir jusqu'à ce qu'il soit terminé. Sinon, je bouquine pas mal. Le jour d'un match, je prends l'avion avec Omar Da Fonseca, puis sur place on trouve un restaurant sympa où on discute, on trouve les axes que l'on va aborder. L'important, c'est d'avoir un matelas d'information. Si un match se déroule bien et qu'il y a beaucoup d'actions, tu ne vas pas te servir du travail que tu as fait. Mais s'il s'agit d'un match pauvre en occasions, s'il ne se passe rien, on va pouvoir raconter des histoires autour de la rencontre. Ensuite, j'ai pour habitude d'aller dans le stade avec un peu d'avance. En général, j'essaie d'y être trois heures avant le coup d'envoi, pour sentir l'ambiance monter, voir le stade se remplir. On emmagasine pas mal d'informations à ce moment, on prend le temps de se préparer au match. Aller sur la pelouse, parler aux joueurs, cela fait aussi partie de mes petits rituels.

Qui ont été vos mentors, ceux dont vous reproduisez les gestes aujourd'hui ?

Il y a eu trois hommes qui ont été très importants dans ma carrière. Charles Biétry, tout d'abord, qui est arrivé avec deux évènements qui ont marqué l'histoire de la chaîne. Il a importé la NBA, la notion de show et de spectacle à un sport et les Jeux Olympiques d'Atlanta, qui ont été une formidable vitrine pour des sports moins connus.Alexandre Bompard a été et est quelqu'un d'important dans ma vie. Il m'a fait confiance à Europe 1, à la matinale alors que je présentais Jour de Foot. C'est devenu un ami. Et puis bien sûr, il y a Thierry Gilardi. Il y a une fibre qui m'interpelle, que j'entretiens. Dès mes débuts, à Canal +, il m'a pris sous son aile car il croyait en moi. C'est lui qui m'a formé et lancé. Il m'a toujours dit de cultiver les deux casquettes de commentateur et présentateur.

Par Arnaud Boisteau