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Médias

EXCLU - Éric Carrière : « Je ne veux pas entraîner, c’est un choix de vie »

À l’image du joueur qu’il était, simple et d’une parfaite propreté, Eric Carrière a trouvé une place de choix sur Canal+. Dans le costume du pédagogue, cet amoureux du ballon rond (et du bon vin !) s’éclate dans les différents exercices que lui proposent la chaîne cryptée. Sans palette, entretien avec l’artiste de la vulgarisation.

Éric, plongez-nous dans la préparation d’un consultant. Comment s’organise votre semaine ?
Tout dépend de l’émission que l’on prépare… Là, cette semaine, je suis aux commentaires de Saint-Etienne – Nice, le match diffusé par Canal+ dimanche soir (entretien réalisé le 15 novembre). En règle générale, j’essaye de visionner les matchs précédents des deux équipes et de prendre les informations nécessaires sur le groupe : qui est blessé, qui est suspendu. La plus-value d’un consultant, aux commentaires d’un match, est surtout dans l’instant. Le but, selon moi, c’est d’amener un peu de fond en plus de la simple image et de permettre aux gens qui regardent de bien comprendre ce qu’il se passe.

Cette pédagogie, c’est votre principale force…
Je ne revendique rien mais c’est vrai que j’aime comprendre et aussi que les autres comprennent. Quand j’étais joueur, on me disait que c’était simple de jouer avec moi, qu’on pouvait me donner le ballon n’importe quand. Dans ce nouveau rôle, j’essaye de garder cette simplicité. Ça me plaît de rendre compréhensible quelque chose qui, parfois, peut paraitre compliqué. Je m’en souviens par exemple d’une fois où, à la sortie d’une émission de « J+1 », la femme d’un joueur est venue me dire que c’était top parce qu’en écoutant ce que j’expliquais sur une palette, elle avait tout compris (rire). Voilà, c’est ce que je recherche : se mettre à la place du téléspectateur et faire en sorte que le maximum comprenne ce que l’on dit.

Pour cela, pas besoin d’appeler les joueurs, les coachs, les présidents. Certains journalistes ou consultants le font, pas vous ?
Non, ce n’est pas trop mon truc. Je sais que Stéphane (Guy, avec qui il commente) voit les coachs avant les matchs pour prendre la température mais je préfère me concentrer sur le match. Pour être honnête, je ne suis pas très à l’aise avec ça, je préfère me concentrer sur le jeu pur. C’est mon rôle : être présent sur le moment pour expliquer, décortiquer, analyser. Cette concentration, c’est quelque chose de crucial. J’ai appris et compris cela en formant à la préparation mentale. Si j’ai besoin d’être concentré 3 heures sur un sujet, je peux le faire. 90 minutes pleines sur un match, je peux le faire. J’ai souvent entendu des joueurs expliquer qu’ils pouvaient parfois sortir de leur match, 20 secondes, pour penser à quelque chose, regarder les tribunes. Je n’ai pas ces « sorties de match », je suis concentré et je suis capable de regarder le terrain, les écrans, les bancs, le point de corner, etc…

« J’ai eu des approches, en Ligue 1 »

Sur le « Canal Football Club », l’exercice est très différent. Et le temps pour expliquer, aussi ?
Le « CFC » est plus généraliste, plus « politique ». On parle d’avantage des mouvances du foot, de l’extrasportif. On peut aussi être dans le débat, mais avec des temps de parole très courts. Oui, c’est un exercice très différent mais assez intéressant aussi.

Avec « J+1 », le professeur Carrière entre en piste. Avec la palette, vous vous régalez ?
« J+1 » réclame un travail beaucoup plus technique. Le consultant doit avoir des idées pour pouvoir ressortir une problématique tactique ou un point très précis qui soit à la fois visuel et parlant pour le téléspectateur. En général, je choisis un match et j’essaye d’en retirer quelque chose. Mais ça m’est arrivé de ne rien trouver d’intéressant. Je pensais par exemple faire quelque chose sur Mangani lors du match Angers – Lille, mais ça n’était pas parlant.

On peut tout faire avec la palette ? Tout décortiquer, tout voir, tout analyser ?
Ce n’est pas simple. On fait de la télé, il ne faut pas l’oublier. J’ai par exemple un sujet en attente sur « les joueurs qui jouent avec le temps », en regardant ce que fait Marco Verratti, notamment. Il existe des statistiques sur tout, notamment sur les passes, mais rien sur le gain de temps. Il faut prendre en compte des paramètres bien particuliers comme la distance entre les joueurs, le sens de la course, la vitesse de la course… Je me demande toujours : « Est-ce que le téléspectateur va comprendre ' ». Au départ, on me disait : « Éric, arrête, on ne comprend pas… ». Il faut exprimer une ou deux idées, pas plus. Mais j’ai tendance à toujours vouloir en dire plus.

« Quand j’ai envie de partir en vacances ? Bah, je pars… »

Beaucoup de gens devant leur écran, à commencer par la rédaction du 10 Sport, vous écoutent religieusement et se disent : « Il faut vraiment que Carrière entraîne une équipe… C’est limpide ce qu’il dit, ça devrait marcher sur un banc ». Ça ne vous tente pas ?
C’est un choix de vie. Bien sûr, cela me plaît d’entendre ça, c’est toujours agréable. J’ai eu des sollicitations, encore récemment…

En Ligue 1 ?
Oui, des approches, en Ligue 1…

Donc Lorient vous a appelé, c’est bon à savoir…
(rire) Non mais j’ai eu l’opportunité de franchir le pas lorsqu’on m’a proposé de prendre les Espoirs. J’ai beaucoup réfléchit, j’ai parlé avec différents coachs qui m’ont confirmé que votre vie bascule lorsqu’on fait ce choix. Je ne voulais pas que ma vie ne m’appartienne plus, je voulais profiter de ma famille et je voulais aussi poursuivre mon autre métier, dans la négoce de vin (www.caves-carriere.fr), qui me passionne énormément. Je pense que j’adorerai être coach, mais pas à ce prix-là. Un exemple tout bête : Quand j’ai envie de partir en vacances. Bah, je pars (sourire)…