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Vips - Médias

Christine Kelly : « Je fais confiance aux chaînes pour programmer du sport féminin »

Christine Kelly est à l’origine des « 24h de sport féminin ». La membre du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel revient sur cette première édition riche d’enseignements.

Quel bilan faites-vous de cette première des « 24h de Sport Féminin » ?

Je suis très satisfaite ! Et ce pour plusieurs raisons. D’abord, j’en ai rêvé et les chaînes de télévision et les radios l’ont fait. Ensuite, elles l’ont fait avec enthousiasme. Et enfin, les chaînes et les radios ont drainé avec elles les fédérations, les associations et les collectivités locales. Tout le monde était mobilisé pour différentes manifestations à travers la France. J’ai découvert sur le terrain des sportives, des femmes et des filles qui sont très motivées pour défendre leur cause. Elles ont toutes vécu cette journée comme un soulagement.

Comment avez-vous réussi à rassembler autant de monde ? On a beaucoup parlé de ces « 24h de Sport Féminin » en amont de l’événement…

À ma grande surprise, tout le monde s’est mobilisé spontanément. Il suffisait de demander… Par exemple, pour les parrains, je voulais avoir quelques ambassadeurs phares. J’en ai eu 80 : d’Amélie Mauresmo à Marion Bartoli en passant par Laura Flessel. De la même façon, lorsque j’ai appelé la RTBF ou TV5, c’était oui. On l’a même fait avec une chaîne marocaine. C’était vraiment impressionnant de spontanéité. Il y avait déjà un terreau favorable. D’ailleurs, rapidement, ces 24h se sont transformées en week-end et même en semaine car dès le lundi on diffusait déjà des reportages, des sujets, etc.

Pourquoi cette initiative n’est-elle pas arrivée plus tôt ?

Je pense que c’était le bon moment, c’est-à-dire celui où la performance est là ! Pendant des années, on a dit aux filles : « Ayez des résultats, ensuite on verra ». À l’heure actuelle, en basket et en football par exemple, les équipes françaises sont parmi les meilleures. Ces filles sont très frustrées qu’on parle plus des garçons quand ils gagnent. Et même quand les hommes perdent, on parle plus d’eux que d’elles ! Il faut que les mentalités changent !

Il y a effectivement de belles performances sportives du sport féminin français. En revanche, même pour cet évènement, hormis le rugby, les scores d’audiences ont été décevants. Est-ce une déception ?

Il ne faut pas regarder que l’audience. Pour être honnête, pour moi, c’était le dernier point à regarder. La priorité était de mobiliser, de changer les esprits et d’ouvrir des antennes. Il faut d’abord que dans la tête ça puisse changer puis progressivement les choses finiront par bouger. Si le match de D1 féminine, PSG-Montpellier, n’a réuni que 165 000 téléspectateurs, c’est la faute à qui ? Il n’y avait personne dans les tribunes. En plus, le match était diffusé à 18h45. Ça ne doit pas cacher la grande mobilisation qu’il y a eu sur cette journée.

Néanmoins l’audience reste un de vos chantiers. Que faut-il faire pour attirer les téléspectateurs, changer la programmation ?J’ai pris un parti pris, faire confiance aux chaînes et aux radios sur leur complète liberté éditoriale. Au CSA, nous avons l’habitude de faire du comptage de temps de parole, de créer des quotas ou des pourcentages. J’aurais pu faire ça… Mais je préfère mobiliser plutôt que d’obliger. On verra ce que ça donne. Je fais confiance aux chaînes pour programmer du sport féminin et le programmer au bon moment. Mais attention, on surveille, on fait un comité de suivi et on regarde ce qu’il se passe. Et peut-être qu’un jour on devra créer des obligations… Mais j’espère ne pas en arriver là.