Accès direct au contenu

Reportage

Comment le Qatar organise sa révolution

Pour mettre fin à tous les fantasmes que suggère le Qatar, le 10 Sport s’est rendu à Doha. Une immersion de 72 heures pour découvrir à quoi ressemble une révolution sportive d’envergure internationale.

Ces Qataris sont fous. Avec un État grand comme la Corse (11 427 km²), la patrie du Cheikh Hamad bin Khalifa al-Thani (l’Émir du Qatar, pour les moins audacieux) a pour ambition de jouer dans la cour des grands de ce monde. Mais en attendant que le G8 ouvre (enfin) ses portes à une écurie du Moyen-Orient, le pays tout entier s’est jeté dans les affres d’une politique sportive sans précédent.

Une académie unique au monde
Les arcades du mouvement sportif qatari ont aujourd’hui pour symboles le Paris Saint-Germain (propriété de Qatar Sport Invest), le FC Barcelone (sponsoring maillot par Qatar Foundation) et l’organisation des plus grands évènements internationaux comme la Coupe du monde 2022, par exemple. Mais les actions à l’international, principales sources de visibilité pour ce minuscule pays, ne sont que la partie immergée de l’iceberg. En plein cœur de Doha, le comité olympique sportif a sorti de terre l’académie Aspire (2005). Un complexe destiné à accueillir 200 pensionnaires par an, majoritairement qataris, et à les transformer en Lionel Messi. « Notre académie est trop récente pour avoir déjà des résultats, explique Ivan Bravo, responsable d’Aspire et ancien directeur des stratégies du… Real Madrid. Le Qatar a les moyens d’accélérer les choses en s’offrant les meilleures infrastructures, mais pas de forcer la nature (sourire) ». L’objectif, inavoué, est de former une équipe naitonale capable de faire autre chose que de la figuration lors du Mondial 2022. Une formalité pour le boss d’Aspire, ancien merengue ? « Ce n’est pas simple de mettre en place un projet d’une telle envergure. Mais c’est le premier endroit au monde où je vois ça ».

La dream team des Doc’
Sous le dôme d’Aspire, le Qatar a de quoi faire pâlir l’Insep (centre national du sport français) et Clairefontaine (repère de l’équipe de France de football) réunis. Des terrains de foot flambants neufs que fouleront prochainement le PSG et le FC Barcelone, en stage de préparation hivernal avant la dernière ligne droite de 2012. « L’hiver, les conditions sont idéales ici, explique François Schwartz, kinésithérapeute français basé au Qatar depuis 5 ans. Les équipes peuvent profiter d’un environnement qu’elles ne peuvent pas avoir ailleurs ». Car en plus d’avoir des gazons bénis et des hôtels de luxe, Doha héberge également Aspetar, un centre médical spécialement consacré au sport. « Aspetar recrute tous les meilleurs spécialistes de la médecine sportive, résume le professeur Gérard Saillant, l’homme qui a opéré les genoux de Ronaldo et qui passe 10 jours par mois dans ce Real Madrid de la médecine. Beaucoup le voit d’un mauvais œil, parce qu’il y a du fric, mais le fait est qu’il s’agit d’un centre d’excellence. 54 nationalités différentes, 500 personnes venus du monde entier, c’est le top ! »

Ça va être un peu juste…
Spécialiste du faire-savoir avec ses investissements dans le monde entier, le Qatar se penche désormais sur son savoir-faire en recrutant les meilleurs. Ainsi, les experts du monde entier, dans tous les domaines ayant un rapport avec le sport, viennent prêter mains fortes à cette révolution qatarie qui n’a pas encore trois ans d’âge. Nourrie par des moyens démesurées, elle prend une forme déconcertante et évolue plus vite que n’importe quelle structure au monde. Problème : le manque de temps. En jetant un œil sur les gamins d’Aspire, ballon au pied, difficile de croire que l’un d’entre eux pourra sortir du pays et briller dans un championnat européen. Dix ans pour former onze champions, ça va être juste…

Retrouvez Le 10 Sport jeudi dans vos kiosques

Retrouvez le 10 Sport en ligne sur www.lekiosque.fr