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Handisport - Tennis de Table : Gilles de la Bourdonnaye, retour réussi

Le pongiste tricolore, plus de dix ans après son dernier match en handisport, a retrouvé la scène internationale lors de l’open de Lasko, en Slovénie (9-12 mai). Vainqueur de l’épreuve par équipe, Gilles de la Bourdonnaye, 46 ans, a réussi son retour et peut rêver des Jeux paralympiques de Tokyo en 2020.

« On a retrouvé un traducteur. » Grégory Rosec, responsable du haut niveau à la commission sportive tennis de table de la Fédération Française Handisport, raconte. « Avant son départ, il parlait anglais, espagnol, tchèque, un peu, et chinois… Maintenant, il parle aussi  le brésilien. Il ne pouvait pas faire deux mètres sans parler avec un étranger. » Il, c’est Gilles de la Bourdonnaye, champion paralympique à Atlanta en 1996, par équipe à Syndey et Athènes (2000 et 2004)… Champion du monde et champion d’Europe à répétition…

Plus de dix ans après son dernier match en handisport, le Français, de retour du Brésil en septembre dernier, a cédé à l’envie de renouer avec l’international. « Jamais je n’aurai pensé reprendre un jour avec l’équipe de France handisport, assure-t-il. Mais en septembre quand j’ai joué avec le TTC Nantes en valide, pas mal de joueurs du club ont été étonnés de mon niveau. Ils m’ont mis la puce à l’oreille. » Sa femme, Micha, ancienne joueuse de l’équipe de République tchèque handisport et ses deux enfants, trop jeunes à Pékin, ont appuyé l’idée. Et puis il y a eu cette rencontre avec Matéo Bohéas. Classe 10, comme Gilles de la Bourdonnaye, le joueur de la Vaillante Angers, qui vit et s’entraîne à Nantes, a beaucoup progressé depuis les Jeux de Londres.

Leur échange finit de convaincre « le vétéran » pour créer une équipe compétitive dans l’optique des Jeux paralympiques de Tokyo, 2020. « Jouer par équipe avec et pour quelqu’un m’a toujours beaucoup plu, poursuit GDLB. Nous sommes complémentaires et très homogènes en termes de niveau. » Le nouveau duo a confirmé les espoirs placés en eux en s’imposant lors de l’open de Slovénie. « C’est bien parce que nous avons gagné tous nos doubles avec assez peu d’entraînement. » Or avec la formule actuelle, le double revêt une importance majeure. Gilles de la Bourdonnaye, amputé du bras droit depuis qu’il a 3 ans, a profité de cette épreuve par équipe pour terrasser, en finale, Radovic, n° 5 mondial de sa classe de handicap. « Il a vraiment répondu aux attentes par équipe, se réjouit Grégory Rosec. Après un départ délicat, le temps de retrouver ses repères, de s’adapter à l’environnement et à l’enjeu, il est monté en puissance. »

Chaque victoire comme une première

Le début de compétition, réservé au tableau individuel, n’a en effet pas été simple pour le Nantais, habitué aux podiums et aux titres, lors de sa première vie en handisport. « J’ai moins bien joué que lors de la saison valide. Il y a beaucoup plus de joueurs et le niveau est plus homogène, détaille le revenant, éliminé dès la phase de poule. Il m’a fallu un temps d’adaptation parce qu’il y a beaucoup de tables, ça bouge sans arrêt. C’est très différent des matches de Nationale en valide. Et les systèmes de jeu sont assez différents de ce qui se fait en Nationale valide. » Il lui a donc fallu se remettre dedans, surtout que le niveau de l’open réunissant 460 joueurs toutes classes confondues, équivalait à un petit championnat du monde.

Une fois cette période passée, il a retrouvé ses bonnes habitudes. Le fruit de ses entraînements en valide, au Brésil et à Nantes. « Oui mais j’ai bien conscience que je suis moins fort qu’avant d’avoir arrêté. Individuellement, je ne pense pas être médaillable sur une épreuve de référence, même si je pense qu’à mon meilleur niveau je pouvais sortir de poule en simple à Lasko. Mais par équipe, on peut vraiment y croire. Surtout que  j’ai retrouvé l’envie, et le plaisir qui me faisaient défaut après les Jeux de Pékin. C’est un nouveau cycle, donc je vis chaque victoire comme une première. »

Il n’a pas boudé son plaisir aussi de revenir dans une famille où il a laissé de bons souvenirs. Dans une famille qui ne l’a pas oublié et qui lui a témoigné sa joie de le voir revenir. « J’ai été touché par les marques de sympathie et toutes les attentions des Français mais aussi des joueurs étrangers. C’est amusant, d’ailleurs, parce que certains dont je n’étais pas spécialement proche, ont aussi eu des attentions. On a aussi pas mal pris de nouvelles de Micha et de nos enfants. »

Un vrai contre-la-montre

Puis le sport a repris le dessus. Il lui reste maintenant quelques tournois pour remonter au classement mondial et essayer d’entrer dans les quotas pour le Japon. La prochaine étape sera le tournoi, près de Gdansk, en Pologne (coefficient 20). « Il faut participer à cinq tournois  ou à quatre et le championnat d’Europe. » Un rendez-vous continental, prévu en septembre, pour lequel il n’est pas encore certain d’être retenu… Même si la victoire par équipe devrait être un élément déterminant pour le staff.

Il lui faudra, aussi, pouvoir concilier ce projet Tokyo 2020 avec son quotidien. « Quand je suis rentré du Brésil, en septembre dernier, j’ai choisi de m’accorder une année sabbatique. Je peux donc me consacrer au sport et à ma famille. Si en septembre, je suis obligé de reprendre une activité professionnelle à 100 %, sans aménagement, ce sera compliqué. »

Jérôme Savary

Les podiums français. En simple. Or : Thu Kamkasomphou (classe 8F). Bronze : Anne Barneoud (classe 7F), Florian Merrien (classe 3M), Maxime Thomas et Alexandre Delarque (classe 4M).

Par équipe. Or : Lamirault-Molliens (classe 2M), Bohéas-De La Bourdonnaye (classe 10M). Bronze : Savant-Aira-Thomas-Delarque (classe 4M), Papirer et 1 Suisse (classe 1M).