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Handisport - Pistorius : la chute d’une icône

Oscar Pistorius, athlète sud-africain amputé des deux jambes sous le genou, est inculpé pour le meurtre de sa compagne, Reeva Steenkamp, mannequin de 29 ans. Il encourt une peine de prison de 25 ans au moins.

Sportif n°1 de l’Afrique du Sud, le sprinteur handicapé Oscar Pistorius, 27 ans, était devenu une icône. Égérie du grand couturier Thierry Mugler, « Blade Runner », son surnom en raison des deux lames qui remplacent ses deux bas de jambe amputés, avait acquis un statut à part. « Son aura était comparable à celle de Zinedine Zidane en France, témoigne Pierre Donadieu, correspondant de L’Équipe dans le pays de Nelson Mandela. Et encore, Zinedine Zidane n’est pas invité aux galas de charité comme l’était Pistorius. »

UNE DATE DE VERDICT ATTENDUEUn « people » à qui rien ne résistait. Pas même les plus hautes instances internationales d’athlétisme. Après des mois de lutte pour prouver que ses prothèses ne lui procurent pas un réel avantage sur les valides, il obtient le droit de participer aux championnats du monde IAAF à Daegu (Corée du Sud) en 2011, puis aux Jeux olympiques de Londres en 2012. Sans même avoir réussi les minimas. Un Golden Boy, issu d’une famille riche, capable de séduire les plus belles femmes comme le mannequin Reeva Steenkamp, qu’il a tuée de quatre balles de pistolet durant la nuit de la Saint-Valentin 2013. Voilà pourquoi l’affaire Pistorius continue d’intéresser l’opinion publique, plus d’un an-et-demi après les faits. Son procès, démarré le 3 mars 2014, devait durer trois semaines. Le 7 août prochain, après de nombreux rebondissements, vont avoir lieu les plaidoiries, à l’issue desquelles, la juge noire, Thokozile Mazipa, officialisera la date du verdict.

Un verdict très attendu dans le monde et surtout en Afrique du Sud où il avait été promu héros national. Mais aussi pour tout ce que ce jugement représente. « La justice sud-africaine passe, à travers ce procès, une sorte de grand oral », estime Liza Fabbian, correspondante pour Radio France en Afrique du Sud. Oscar Pistorius assure qu’il a tiré derrière la porte des toilettes de sa maison de Pretoria car il pensait qu’un cambrioleur s’y était retranché. « Si cela avait été le cas, le champion paralympique sud-africain aurait connu plus d’indulgence », avance la journaliste.

AU-DESSUS DES LOIS ?Le monde sportif, paralympique et olympique, aurait, alors, sans doute réagi différemment. « Ce milieu s’est assez vite désolidarisé du champion, explique Pierre Donadieu. Personne n’a plus voulu prendre le risque d’être associé à Pistorius. » Un homme dont les journaux traquent les moindres faits et gestes. Témoin, la Une du journal The Star qui relatait la dernière sortie en boîte de nuit de l’athlète, le 16 juillet. Celle-ci s’est soldée par un renvoi des lieux alors qu’il était mêlé à une bagarre et qu’il était ivre. Ou encore les coups de feu tirés par Pistorius dans un restaurant… Aujourd’hui beaucoup de Sud-Africains pensent que Pistorius a tué par colère Reeva Steenkamp, avec laquelle il se serait disputé dans la soirée de la Saint-Valentin 2013.

La population sud-africaine attend de savoir si ce gosse de riche, qui donne l’impression de se croire au-dessus des lois, va encore bénéficier de son statut social pour n’être condamné qu’à une simple amende ou à du sursis… Alors qu’il encourt de la perpétuité, soit une peine de prison incompressible de 25 ans en Afrique du Sud. L’intérêt et l’engouement médiatique suscités par ce sordide fait divers résident dans le fait que l’opinion publique sud-africaine et internationale espère la vérité. Savoir si sa popularité et sa gloire vont préserver, ou non, Oscar Pistorius d’une mise au ban de la société.

Jérôme Savary