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Handisport

Handisport - Marie-Amélie Le Fur : «Être patiente et aller de l’avant»

Marie-Amélie Le Fur, figure incontournable du handisport français et membre du Team EDF, est revenue aux affaires il y a deux mois maintenant après un terrible drame personnel. Elle se confie pour la première fois au 10 Sport.

Son sourire semble éternel. Résister à tout. Marie-Amélie le Fur a retrouvé la compétition courant juin. La triple championne paralympique (100 m à Londres en 2012, longueur et 400 m à Rio en 2016) va désormais se consacrer au saut en longueur. En huit jours, l’athlète EDF, dont le record est à 5,83 m, s’est illustrée en signant deux bonds à 5,32 m. La première fois au meeting de Charléty, à Paris (le 14 juin), la seconde fois à Belfort, lors des championnats de France handisports (le 22 juin). « Pourtant, les conditions, pour ce deuxième saut, n’étaient pas idéales. Il y avait un peu de vent et il ne faisait pas très chaud », explique son directeur sportif à la Fédération Française Handisport, Julien Héricourt. Ces deux performances la place en très bonne position pour participer aux championnats d’Europe, en août à Berlin. « A mon retour, je me suis fixé ce premier objectif, lance MALF. J’espère y aller et ce ne sera pas pour faire de la figuration. »    

Marie-Amélie Le Fur a apprécié ces retrouvailles avec la famille de l’athlé. Une famille qu’elle avait quittée après son doublé en or aux Jeux de Rio. « Sportivement, les sensations sont bonnes, explique-t-elle. Il va falloir que je corrige l’approche de la planche car je crains toujours de mordre. Cela me fait perdre de précieux centimètres. »

« On continue à vivre malgré la blessure »

Après les Jeux, Marie-Amélie Le Fur et son mari voulaient un enfant. A deux semaines du terme de sa grossesse, la jeune femme de 29 ans a été victime d’une pré-éclampsie foudroyante. La césarienne subie en urgence est arrivée trop tard. Le bébé a perdu la vie. « Les difficultés de la vie sont ce qu’elles sont. On continue à avancer malgré la blessure et le vide que ça laisse, raconte-t-elle. Nous avons reçu beaucoup de messages de soutien (dont un échange avec Laura Flessel, la ministre des sports) et nous avons très bien été entourés. Notre entourage nous a permis de comprendre que la vie ne s’arrêtait pas là. Elle est très difficile mais il y a encore plein de belles choses à connaître. Il faut être patient et continuer à aller de l’avant en se fixant des objectifs. »

La crainte des regards

Humainement, la Tricolore a aussi été rassurée par ce retour. « Elle craignait un peu le regard des autres, les questions sur son été de forme…, développe Julien Héricourt. Mais comme elle est revenue dans sa deuxième famille, chacun a adopté la bonne attitude. La retrouver souriante, à prendre du plaisir sur une piste était un vrai bonheur. » Et une chance tant Marie-Amélie Le Fur est une ambassadrice naturelle pour sa discipline et le mouvement handisport. « C’est aussi un guide exceptionnel pour les plus jeunes. Un guide qui va au contact puisqu’elle s’entraîne désormais une fois par semaine sur le pôle handisport de Talence », se réjouit encore le directeur sportif. 

Aujourd’hui, son regard est donc tourné vers l’Allemagne et Berlin, théâtre des championnats d’Europe. La chargée de mission école-entreprise de la centrale EDF de Saint-Laurent se projette aussi sur les Jeux de Tokyo. « C’est toujours un objectif parce que l’on sait que la pratique du sport n’est en rien la cause de la pré-éclampsie, assure Marie-Amélie Le Fur. Mais mon projet personnel demeure prioritaire sur l’athlé. »

Jérôme Savary