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Handisport - L’incroyable retour au sommet du monde de Joël Jeannot

Le paracycliste martiniquais Joël Jeannot, médaillé de bronze aux Jeux paralympiques de Londres, s’est paré d’or et d’argent lors des Mondiaux de Greenville (États-Unis).

Joël Jeannot a encore signé un beau tour de force, début septembre, à Greenville, en Caroline du Sud, aux États-Unis. À l’issue d’une course en ligne aussi indécise que tactique et spectaculaire, le paracycliste français est venu à bout de l’Allemand Merklein et surtout du Polonais Arkadiusz Skrzypinski, troisième après avoir longtemps mené le bal. Un titre qui s’ajoutait à la médaille d’argent glanée en contre-la-montre. « Je me sens comme dans un rêve, commentait-il juste après avoir retrouvé un titre qu’il avait déjà gagné en 2010 et 2011.

« JE ME SUIS DIT, J’AI DÉJÀ L’ARGENT, ALORS JE TENTE LE TOUT POUR LE TOUT »
Mis en confiance et décomplexé par sa médaille d’argent sur le chrono, Joël Jeannot a mêlé audace, tactique et combativité pour s’octroyer ce nouveau titre de champion du monde. « Quand j’ai vu le Polonais partir, j’ai su que ce serait compliqué. En général, il est très dur à aller chercher. » Le Périgourdin d’adoption a tenté de vite colmater la brèche, mais personne n’a suivi. Il a donc mené une course de suivi. « Je me suis efforcé de ne jamais laisser plus de 25 secondes entre le peloton et lui. » Dans les derniers tours, Joël Jeannot a finalement donné le coup de collier pour créer une jonction. « Je me suis dit, j’ai déjà l’argent, alors je tente le tout pour le tout. » De retour dans le groupe de tête, il appuie encore sur l’accélérateur dans le dernier tour. « Ensuite, j’ai contrôlé afin d’en garder dans les bras pour un éventuel sprint. Quand l’Allemand a essayé de me coiffer au poteau, j’ai pu le maîtriser. »  

IL AURAIT PU S’ARRÊTER EN 2012Pourtant, l’histoire aurait pu se terminer à Londres. Après une troisième place arrachée lors de la course en ligne des Jeux paralympiques 2012. À 46 ans, Joël Jeannot serait parti la tête haute. Il n’en fut rien. « Il y avait plus de déception que de plaisir à ce moment-là, se souvient-il. J’étais double champion du monde en titre. En chrono et en ligne. » Cette troisième place s’apparente davantage à une maigre consolation pour cet athlète martiniquais en quête permanente des sommets. « Le débriefing a démontré que le programme établi par le staff fédéral avant les Jeux était un peu lourd. La course de sélection était extrêmement difficile et quelques-uns d’entre nous sont arrivés à Londres usés. »

L’usure, assortie d’une déception légitime après trois ans passés à se préparer au mieux, le pousse à prendre un peu de distance avec la compétition en 2013. Une année marquée par une médaille de bronze mondiale… La force de l’habitude. « J’avais prévenu le staff de cette volonté de souffler un peu pour revenir encore plus motivé cette année », explique Joël Jeannot. Après un passage sur son île natale, « afin de se ressourcer », au cœur de l’hiver métropolitain, le champion se remet en piste.

CHEF DE FILE POUR RIO 2016« J’ai changé de coach et de matériel afin d’éviter la routine. Après autant d’année au plus haut niveau, j’en ressentais le besoin. » Il met à profit les aides dont il bénéficie dans le cadre du PES pour développer sa structure. « J’ai aussi opté pour un vélo en fibres de carbone plus léger et plus solide à la fois. » Son nouvel entraîneur le requinque physiquement. « Il a pointé un certain manque de caisse et de force, admet difficilement Jeannot. J’espère maintenant que le travail effectué cette année va me servir pour les années à venir. » Joël Jeannot est reparti de plus belle. Après des championnats du monde 2015 qu’il prédit compliqués en raison du relief des routes de Notwill (Suisse), il entend bien être le chef de file des Bleus aux Jeux paralympiques de Rio, en 2016.

Jérôme Savary