Accès direct au contenu

Handisport

Handisport : Le duo Clarion - Bourla à l’assaut de Sotchi

Depuis l’été 2010, Julien Bourla guide Thomas Clarion, membre de l’équipe de France de ski nordique. Le biathlète savoyard espère mener le duo sur un podium aux Jeux paralympiques de Sotchi (7-16 mars) qui débutent ce vendredi.

À 26 ans, Julien Bourla va participer à ses premiers Jeux. Un rêve de gamin. Ce biathlète valide, de bon niveau, guide depuis quatre ans Thomas Clarion, déficient visuel comptant parmi les meilleurs skieurs nordiques de l’équipe de France paralympique présente à Sotchi. « Je sais bien que je ne suis que le guide mais l’un sans l’autre nous ne sommes pas grand-chose, estime à juste titre ce professeur des écoles mis en disponibilité par l’éducation nationale depuis le 6 janvier. Les Jeux sont réservés à l’élite. D’une certaine manière, j’en fais partie. »

PLUSIEURS CHANCES DE MÉDAILLES
Comme tous les autres membres de la délégation française olympique et paralympique, l’enfant de la Roche-sur-Foron portera les couleurs de la France dans le Caucase russe du 7 au 16 mars. Au menu : le biathlon sprint, en guise d’apéritif dès le 8 mars. Puis le KO sprint (le 12), le relais par équipe (le 15), en plat de résistance et le 10 km skating le lendemain, pour finir ce copieux repas. « A l’exception de la première course, nous sommes en mesure de décrocher un médaille sur toutes les autres épreuves. » La deuxième place décrochée récemment lors d’une manche de coupe du monde en Allemagne conforte le duo. 

DEUX JOURS ONT SUFFIUn duo formé durant l’été 2010, après les Jeux de Vancouver. La clé : la fracture du fémur de la grand-mère de Julien, envoyée dans le centre de rééducation où Thomas Clarion travaille comme kiné. « Ma grand-mère et lui ont échangé et elle lui a parlé de moi, de mon passé de biathlète. Lui cherchait un guide. Deux jours après et un mail plus tard, on s’est rencontré, explique Julien Bourla. En 2007 déjà, des épreuves handisports se disputaient en parallèle d’une manche de Coupe de France à laquelle je participais. À l’arrivée, notre entraîneur, pour nous chambrer avait dit : ceux qui ont raté leur course devraient arrêter le biathlon et devenir guide. L’idée, même si j’avais réussi ma course, m’avait séduit. »

« ON NE DEVIENT PAS GUIDE, C’EST INNÉ »
À la fin de sa carrière, en 2009 et une fois son diplôme de professeur des écoles en poche, il accepte volontiers la proposition de Thomas Clarion. « Cela me permet de garder la forme, de continuer à m’entraîner, de vivre ma passion un peu plus longtemps. Et d’aller aux Jeux. » Une récompense pour ce binôme également médaillé d’argent sur une manche de coupe du monde aux États-Unis en 2012. Rapidement, l’entente fut bonne. « Certes, Thomas m’a expliqué les grands principes du guidage car je n’y connaissais rien, mais on ne devient pas guide, lâche Julien Bourla. C’est inné. Avec le temps, les échanges et l’expérience, on progresse, on peaufine les choses pour être plus performants. » 

MOINS INDIVIDUALISTELa communication est primordiale. « Il faut toujours parler, communiquer, donner un maximum d’informations sur le tracé et l’environnement pour sécuriser le guidé et éviter les accrochages. Il ne doit jamais y avoir plus de deux mètres de distance entre nous. » Aucun contact n’est autorisé. « Dans les descentes jugées par dangereuses par le directeur techniques de courses, je peux lui tendre mon bâton afin de garder une distance raisonnable entre nous. Pour éviter tout choc », reprend le guide, muni d’un micro et d’un haut-parleur attaché dans son dos. L’exercice demande « une lucidité de tous les instants pour anticiper tout ce qui peut arriver ». Si la fonction lui permet de rester affûté, elle lui sert aussi dans sa vie de tous les jours. « Avant j’étais un peu égoïste, individualiste, j’avais du mal à me mettre à la place des autres. Aujourd’hui, je leur prête plus d’attention aussi. Je m’ouvre plus à mon entourage.» Idéal pour le papa qu’il est devenu au début du mois.

Jérôme Savary