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Argent à Londres

Cratère : « A la base, je naimais pas le sport ! »

Marc-André Cratère est un athlète paralympique au passé difficile. Le sport en général et l'escrime en particulier ont permis à ce médaillé d'argent à Londres de relativiser son handicap et de « renaître ».

Vous êtes ambassadeur de l'UNSS (Union Nationale du Sport Scolaire). Pouvez-vous nous en parler ?
Ça m'apporte beaucoup car l'UNSS me permet de rencontrer des jeunes. J'ai fait quelques démonstrations pour montrer que c'est possible, même avec un handicap, on peut être sportif de haut niveau et vivre une vie épanouie. Si ça peut leur permettre d'avancer et d'avoir la joie de vivre, c'est très bien.L'UNSS m'a permis de sortir du quotidien. Je travaille et je fais du sport mais la rencontre avec la gamin, c'est toujours enrichissant. Souvent ils te posent des questions naïves. Par exemple ils ne comprennent pas pourquoi je ne peux pas marcher. Tu as beau leur expliquer, ils n'arrivent pas à comprendre.

Vous avez vécu en Martinique avant d'arriver en métropole. Quelle était votre vie là-bas avant votre accident ?
J'ai eu mon accident à 22 ans. Avant j'étais un jeune qui faisait un peu de conneries… Même si mes conneries étaient un peu hors du commun. J'étais dans le trafic de drogue, je consommais aussi. J'étais délinquant.

Votre accident s'est déroulé pendant une bagarre. Était-elle liée à vos activités de l'époque ?
Pas du tout, ça n'avait rien à voir. C'était une histoire de fille… J'ai séparé deux jeunes qui se bagarraient et j'ai reçu un coup de faucille.

Comment avez-vous vécu ce choc du handicap ?
Au début, quand j'ai eu l'accident, les deux premiers mois j'en voulais à la terre entière. Quand je voyais les gens en fauteuil roulant, je me disais qu'ils n'avaient pas de souci mais quand moi je me suis retrouvé dans la situation, je ne pensais pas que ce serait aussi compliqué. C'est une renaissance, tout change. Tu as l'impression d'être un bébé qui réapprend à marcher. On m'a envoyé deux mois en centre de rééducation. Je me suis retrouvé dans une chambre avec un monsieur qui était tétraplégique, il bougeait seulement sa tête. Je me suis dit : « Toi tu peux bouger les bras tu peux tout faire. T'as rien, tu ne vas pas te plaindre. Vois la vie du bon côté. »

Quelle est le déclic qui vous a amené vers le sport paralympique ?
C'est une longue histoire. Moi à la base je n'aimais pas le sport. En 2000, je suis venu en France pour me faire opérer. Et dans le centre de rééducation tout le monde jouait au basket alors pour ne pas rester tout seul j'ai essayé. En sortant du centre, on m'a proposé de rejoindre un club, ça ne m'intéressait pas vraiment mais je l'ai fait car je ne connaissais personne à Paris. J'ai joué jusqu'à 2004, on m'a proposé d'intégrer l'équipe de France mais j'ai refusé…

Vous avez refusé de rejoindre l'équipe de France de basket paralympique ?
Oui (rires). Après en 2005, j'ai été à l'institut des invalides pour faire de l'entretien musculaire. J'y ai rencontré une personne qui m'a convaincu de faire de l'escrime. Au début, j'étais pas pour, pas assez physique, je pensais que c'était un sport de filles (rires). Mais j'ai cédé au bout de 4 mois. En essayant, il m'a mis face à un gars qui faisait déjà parti de l'équipe de France dans la catégorie au dessus. Il m'a battu 15-12, et il était à fond, il paraît. J'ai trouvé ça vachement physique, donc je me suis dit pourquoi pas m'entraîner et garder la forme. Quelques mois plus tard le coach m'a proposé de participer à la Coupe du Monde en Italie en 2005. Je ne connaissais pas les termes techniques, je ne connaissais pas les phases d'armes, je ne connaissais rien… À part toucher l'adversaire. Il m'a dit : « Tu fais ce que tu fais dans la salle, tu touches tes adversaires et c'est bon. » Au final j'ai fait une médaille de bronze, je me suis dit il y a quelque chose à faire et je trouvais ça marrant. 

Ensuite vous avez goûté aux jeux paralympiques. Que représente cette compétition pour vous ?
J'ai fait les jeux de Pékin. Pour moi c'était une compétition comme une autre. Mais au fur et à mesure du temps je commence à comprendre que je suis un athlète de haut niveau, je commence à avoir l'esprit compétitif parce qu'avant je ne l'avais pas. Les jeux de Londres c'était magique. Avoir 80 000 spectateurs quand tu rentres dans le stade ça fait chaud au coeur et là je comprends que les jeux c'est particulier. Les Jeux ont aussi permis d'avoir plus de médiatisation. Je veux remercier énormément TV8 Mont-Blanc, eux ont vraiment marqué le coup par rapport à France Télévisions qui est resté en retrait.