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Cap sur les US

Assoumani : « Je pars pour ne rien regretter »

Arnaud Assoumani fait partie des habitués des Étoiles du Sport. Juste avant de s’envoler pour les États-Unis, où il part s'entraîner dans le célèbre club de Santa Monica, le sauteur français nous réaffirme sa volonté de défier les valides.

Une nouvelle fois, vous êtiez présent aux Étoiles du Sport. L’emblème du handisport : c’est vous ?
Emblème, c’est un peu fort… Je suis un ambassadeur, oui. C’est une fierté mais aussi une responsabilité. Il ne faut pas dire ni faire n’importe quoi (rire). C’est important de montrer l’exemple, tout en suivant ses objectifs.

Ça change quelque chose dans votre quotidien ?
Non, ça ne change rien dans ce que je suis ni ce que je fais. Je ne me dis pas que je suis quelqu’un d’incroyable, non. C’est simplement une responsabilité. Et puis, même si j’apprends encore, j’ai le sentiment de donner aussi en retour. Aux plus jeunes, notamment.

Depuis toutes ces années, vous contribuez à la promotion du handisport. Vous le voyez évoluer ?
Oui. Je vois surtout l’évolution de la différence. Elle est encore très présente, notamment en France. Le handicap est encore un sujet tabou, alors qu’il n’y a pas de différence entre un athlète valide et handicapé. Ce sont deux citoyens français, avec des personnalités différentes, c’est tout. Y a des mecs sympas, y a des cons, y a… Voilà, la société est faite comme ça. Le sport est simplement un moyen de s’exprimer.

Vous pensez qu’on peut encore faire mieux ?
Oui, je pense que les messages peuvent encore mieux passer. Ils passent, mais j’aimerai que la résonnance soit plus importante.

Quel bilan tirez-vous, sur le plan personnel, de cette année 2012 ?
Pas très bon. Il s’est passé beaucoup de chose, j’ai connu des moments difficiles : j’ai changé d’entraîneur, je me suis blessé. Je m’étais fixé un objectif : participé aux Jeux Paralympiques et aux Jeux Olympiques, mais ma blessure m’a empêché d’atteindre ce but. Mais voilà, il y a beaucoup plus grave... Je vis de très belles choses. Ces Jeux de Londres me laisseront toujours un goût amer, car je l’ai vraiment vécu comme une humiliation, devant toute ma famille. Je n’étais qu’à 40-50% de mes possibilités, ça été dur à encaisser. Car le travail de ces quatre dernières années n’a pas été récompensé.

Votre projet de concourir avec les valides, c’est toujours d’actualité ?
C’est toujours d’actualité. Je m’envole bientôt pour le Santa Monica Track Club, le club le plus titré au monde. C’est là que c’est entraîné Carl Lewis, par exemple. Je m’entraînerai avec Larry Silva, formé par Joe Douglas et Tom Tellez, les entraîneurs de Carl Lewis. Donc c’est juste énorme ! Je pars vraiment pour apprendre et progresser sur tous les points.

Vos objectifs vont être revus à la hausse, dans ce cas… ?
C’est clair que je pense être encore loin de mes limites. J’ai cette petite frustration au fond de moi. Et je veux me donner les moyens. Il me reste quatre ou cinq ans de carrière, je n’ai pas envie de regretter quoique ce soit. C’est pour cette raison que je pars, je pense que c’est la meilleure chose pour moi aujourd’hui.

Donc la double qualification, valide – handisport, c’est encore votre moteur ?
C’est clair que la double qualification pour les Mondiaux de Moscou cet été, je l’ai dans un coin de ma tête. Je ne l’annonce pas forcément, parce qu’après ce qu’il s’est passé à Londres, ma priorité est d’abord de redevenir compétitif.

Voir Pistorius avec les valides, ça motive ?
Non, je n’ai pas besoin de ça. Nous sommes différents, nos profils sont différents, donc difficile de nous comparer. J’attends mon heure. Et il faut que j’aille la chercher.