Depuis quelques jours, Kylian Mbappé multiplie les prises de parole au sujet du Ballon d'Or. Le meilleur buteur de la dernière Coupe du monde estime que son record de réalisations dans l'histoire de la compétition doit peser sur le résultat du scrutin, malgré sa saison sans titre. Une stratégie qui pourrait s'avérer contre-productive.

Kylian Mbappé est en campagne à un mois de la cérémonie du Ballon d'Or, qui aura lieu à Londres. Devenu le meilleur buteur de l'histoire de la Coupe du monde lors de la dernière édition en Amérique du Nord (22), l'attaquant du Real Madrid est en lice pour remporter la plus prestigieuse des distinctions individuelles et multiplie les interviews pour répéter les arguments en sa faveur, malgré l'absence de titre lors de la dernière saison. Après s'être exprimé auprès de France Football, Téléfoot, AS, The Athletic, Bild et CNN, Kylian Mbappé a accordé un entretien à RFI afin de s'adresser au public africain mais également aux journalistes du continent, qui pèsent 20% dans les votes. Une opération de communication qui pourrait lui porter préjudice aux yeux de Pascal Ferré, l'ancien patron du Ballon d'Or.
« Il y a des codes à respecter et je ne suis pas sûr que la quantité fasse l’efficacité »
« Chacun tente d’occuper l’espace médiatique plus ou moins adroitement, plus ou moins grossièrement. J’avais toujours l’habitude de dire qu’un Ballon d’or ne se gagne pas sur le terrain médiatique, mais il peut se perdre, prévient l'ex-directeur de la rédaction de France Football. Cette année, s’il y a autant de chahut, c’est parce qu’on est face à un scrutin qui s’annonce serré et indécis. Certains se sont peut-être dit que ça allait se jouer aussi sur le terrain médiatique. Ça peut être le cas mais il y a des codes à respecter et je ne suis pas sûr que la quantité fasse l’efficacité. »
« Ce ramdam que certains orchestrent peut finir par agacer les votants »
Relancé sur la stratégie de Kylian Mbappé, Pascal Ferré prévient : « Les jurés ne sont pas des lapins de trois semaines. Ils ont à la fois une expérience et une conscience qui leur permettent de juger, de jauger un joueur sans avoir besoin d’entendre dix ou quinze fois qu’il est le meilleur. Quand je dis qu’un Ballon d’or peut se perdre sur le terrain de la communication, c’est quand il occupe l’espace de manière maladroite et donne au juré le sentiment qu’on lui force un peu la main. Ce ramdam que certains orchestrent peut finir par agacer les votants. Parce que là, la ficelle est grosse. »
Sans prendre ouvertement position sur son favori pour l'édition 2026 du Ballon d'Or, l'auteur de « La face cachée du Ballon d’or », qui paraîtra le 30 septembre chez Albin Michel, explique néanmoins pourquoi Kylian Mbappé, sans le nommer, part de loin à ses yeux. « Pour moi, le Ballon d’or, c’est le meilleur joueur du monde. Et je ne crois pas que le meilleur joueur du monde ne puisse pas avoir gagné dans la saison aucun des deux grands titres majeurs que sont la Coupe du monde et la Ligue des champions. Je trouverais cela bizarre, poursuit Pascal Ferré. Les compétitions majeures permettent de distinguer les cadors. Et un cador doit être en capacité d’emmener son équipe jusqu’au bout. Le Ballon d’or doit aussi consacrer cette forme d’aboutissement collectif et ne pas récompenser un soliste qui se sera distingué mais qui, à l’arrivée, n’aura pas fait aboutir le projet collectif. »
« Ça s’emballe mais ça ne change rien »
Plusieurs jurés, approchés par Le Parisien, confirment d'ailleurs que les nombreuses interviews de Kylian Mbappé sont inutiles à leurs yeux. « Je suis juré depuis 2007 et je dois dire que depuis deux ans, on assiste à des campagnes qu’on n’avait jamais vues avant. Toutes ces interviews, tous ces commentaires, ce sont des distractions qui n’influencent pas ma voix, affirme Yazid Ouahib, qui vote pour l'Algérie. Ça s’emballe mais ça ne change rien. On suit ces péripéties de loin. Je ne peux pas parler à la place de mes collègues mais je pense que tout cela ne devrait pas influer sur leurs votes. Après, chacun sa conscience. »
Même son de cloche chez Anders Bengtsson, qui représente la Suède : « Ces campagnes n’ont absolument aucune influence sur moi. Il n’est pas impossible que cela influence certains votants. Si j’hésitais entre deux joueurs, certaines statistiques ou certains arguments pourraient faire pencher la balance. Mais cela n’arriverait que si je n’avais pas pris le temps de bien réfléchir avant de soumettre mes votes. » Verdict le lundi 26 octobre.